lundi 17 août 2026

En priant... Saint Cyrille d'Alexandrie, Hymne à la Vierge Marie

 

Nous Te saluons, Trinité sainte et mystique, qui nous a rassemblés tous en cette église de la sainte Mère de Dieu.

Nous te saluons, Marie, Mère de Dieu, trésor vénéré de l'univers entier, lumière qui ne s'éteint plus, couronne des vierges, sceptre de la vérité sûre, temple indestructible, demeure de celui qui n'a pas de toit, Mère et Vierge !

Grâce à toi, Celui qui vient au nom du Seigneur est béni dans les Évangiles ; nous te saluons : tu as abrité dans ton sein virginal, l'Infini !

Grâce à toi, la Trinité sainte est adorée et glorifiée, la croix précieuse, célébrée et adorée dans le monde entier !

Grâce à toi les cieux tressaillent, les anges et les archanges sont dans l'allégresse, les démons sont en déroute ; le diable tentateur est tombé du ciel que l’homme déchu voit s'ouvrir !

Grâce à toi, l'univers entier, séduit par les idoles, est parvenu à connaître la vérité et le baptême sacré, accordé aux croyants, avec l'huile d'allégresse !

Grâce à toi, sur tout l'orbe de la terre, sont élevées des églises, et les nations païennes s'acheminent vers la conversion !

Grâce à toi, le Fils unique de Dieu a fait luire sa clarté parmi ceux qui se tenaient dans les ténèbres, à l'ombre de la mort !

Grâce à toi, les prophètes ont prophétisé, les apôtres annoncé le salut aux nations !

Grâce à toi, les morts ressuscitent, les rois gouvernent, à cause de la Trinité sainte.

Quel homme est à même de chanter dignement les louanges de Marie ? Elle est, ô merveille, mère et vierge à la fois !

Aussi l'univers entier tressaille-t-il d'allégresse !

Saint Cyrille d'Alexandrie, in Prières des premiers chrétiens 

mercredi 27 mai 2026

En testant... Père François Potez, Un temps pour donner la vie, un temps pour mourir


 

Chers amis, Mes chers enfants,

Combien de fois ai-je raconté, à la fin d’une soirée dansante à Briançon, au dernier soir d’un camp ou au retour d’un pèlerinage puissant, le bonheur du retour au port après une période d’exercice éprouvante. Manque de sommeil, intensité de l’action et, comme c’est souvent le cas dans les hivers bretons, tempête et mouvements incessants du bateau : les organismes sont usés et l’âme fatiguée.

Je garde encore ce souvenir brûlant de la longue houle qui nous pousse enfin dans le Goulet puis à travers la rade de Brest, jusqu’à cet ordre libérateur tellement espéré : « Terminé, barre et machine ; les permissionnaires à l’appel ! »

Pendant des années, j’aurai enseigné aux jeunes de L’Eau Vive, comme à tant d’autres aussi, et bien au-delà, ces fondements de la vie : « Il y a un temps pour tout », dirait Qohèleth (Qo 3,1-8), « Un temps pour donner la vie, et un temps pour mourir ».

L’heure vient maintenant pour moi de rejoindre définitivement, non plus le port de Brest ou de Toulon, mais, cette fois, le Port de mon désir. C’est la Vierge Marie, mon unique voile, qui m’y conduira au moment qu’elle voudra.

La carcasse roule et tangue encore, elle est usée, elle craque ici et là. Mais le calme s’établit peu à peu. On approche du but ! Cette fois, c’est le grand rendez-vous d’Amour qui m’attend, et je m’y prépare autant que je le puis, dans la joie, la paix et l’action de grâce. Oui, toujours et plus que jamais, c’est cette grave allégresse qui m’habite !

Mais je devrais dire plutôt que c’est la Vierge Marie qui m’y prépare, avec douceur et infinie tendresse.

J’ai vécu plusieurs conversions, mais j’ose dire un mot des deux dernières.

Perfectionniste comme je suis, j’aurais voulu que toutes mes affaires soient bien rangées, bien classées et bien ordonnées avant de partir. J’ai encore des centaines de fichiers, de dossiers, d’enregistrements, de photos et de vidéos que j’aurais aimé trier et classer.

Cela m’a beaucoup retardé et je pensais ne pouvoir m’occuper vraiment des affaires du Seigneur que quand les miennes seraient bien en ordre. Et puis j’ai compris que seul le Seigneur peut achever son œuvre. Car c’est la sienne ! Moi, il me prend au passage, comme les apôtres qu’il a appelés alors qu’ils étaient en train de laver leurs filets. Ils l’ont suivi aussitôt.

Alors tant pis, mon atelier restera en plan, et Il trouvera mon établi avec son foutoir. Certains projets seront repris et poursuivis. D’autres seront tout simplement abandonnés : rien ne m’appartient !

La deuxième conversion est une vraie grâce.

J’ai été terrifié par mon péché et par mes fautes. Surtout mon orgueil. J’aurais tellement aimé être humble… En réalité, j’ai découvert que c’est terriblement humiliant d’être orgueilleux ! Peut-être que l’on pourra m’admirer pour certaines choses, mais on ne pourra en tout cas pas admirer mon humilité.

Je me suis jugé très sévèrement moi-même. Et puis peu à peu, s’est imposé à moi le visage du Père miséricordieux. Je me suis laissé retourner par l’immense émotion du Père qui serre son fils prodigue contre son cœur, sans lui laisser le temps de s’expliquer. Et je suis bouleversé par la joie de Jésus crucifié qui ouvre les portes du paradis à son compagnon d’infortune qui a accepté de lui ouvrir son cœur.

Serai-je assez ingrat pour refuser de me laisser embrasser par le Père ? Vais-je refuser le paradis sous prétexte que je n’en suis pas digne ? Non. Je me rappelle cette phrase qui m’a guidé depuis bien longtemps : « La joie du Seigneur est votre rempart » (Néhémie 8,10). Sa joie, c’est de faire miséricorde. J’ai répété cette scène des dizaines de fois avec des personnes que j’accompagnais au seuil de la vie.

Dans peu de temps, c’est moi qui serai introduit par les anges dans la Salle du Trône (cf Apocalypse 4). Et là, je le sais, je serai comme un petit garçon, tout nu. Alors de deux choses l’une : ou bien je me laisserai attirer par le regard irrésistible du Père de miséricorde, et tout sera instantanément dissous. Ou bien je chercherai à fuir pour me cacher, rouge de confusion et de honte, et je serai conduit, pour le temps qu’il faudra, dans le feu brûlant qui consumera enfin toute trace de retour sur moi-même.

Je sais que le démon mettra toute sa rage à me dénoncer pour m’empêcher d’entrer. Et après tout, c’est lui qui a raison, car il est impossible pour un pécheur de paraître devant Dieu. Mais je le sais et je le crois aussi de toutes mes forces : « Il a été rejeté, l’accusateur de nos frères, lui qui les accusait, jour et nuit, devant notre Dieu. (…) Eux-mêmes l’ont vaincu par le sang de l’Agneau, par la parole dont ils furent les témoins » (Ap 12,10-11).

Et puis j’ai mis toute ma confiance en la Vierge Marie, ma mère. J’ai confiance en sa puissance contre le démon. En me consacrant à elle, je lui ai tout donné, et lui ai promis de ne plus m’occuper moi-même de mes propres affaires. Je suis son enfant, et j’ai confiance qu’elle prendra ma défense au bon moment. Alors, choisissant le saut dans la miséricorde, je chante ce psaume :

Mon cœur est prêt, mon Dieu, mon cœur est prêt !
Je veux chanter, jouer des hymnes !
Éveille-toi ma gloire !
Éveillez-vous, harpe, cithare, que j’éveille l’Aurore !

Psaume 56,8-9

Avec l’Immaculée et par elle, je veux chanter mon action de grâce au Seigneur.

 Alléluia ! Chante, ô mon âme, la louange du Seigneur !
Je veux louer le Seigneur tant que je vis,
Chanter mes hymnes pour mon Dieu tant que je dure. 

Ps 145,1-2

Merci, Seigneur, pour les parents que tu m’as donnés. Prudents et sages, ils ont su me préparer à mes grands choix de vie, avant de devenir pour moi de très grands amis.

Merci, Seigneur, pour les innombrables pères et mères, religieux et religieuses, qui m’ont accompagné et guidé tout au long de ma vie.

Merci, Seigneur, pour ces années dans la Marine. Elles m’ont permis de mieux connaître les hommes et de découvrir et d’aimer ce monde que tu as tant aimé toi-même.

Merci, Seigneur, pour ces années de vie religieuse qui ont ancré en moi cet attrait pour la vie contemplative et apostolique à la fois.

Merci, Seigneur, pour ce don infini et infiniment immérité du sacerdoce par lequel tu m’as fait Christ et Père pour l’éternité.

Merci, Seigneur, pour tous ces garçons et filles que tu m’as donné d’engendrer à la vie et qui sont devenus, pour beaucoup, de très grands amis.

Toi, jeune de L’Eau Vive ou d’ailleurs, monte et vole loin, haut. N’aie pas peur de couper résolument tous les fils qui te retiennent prisonnier de toi-même ou du monde. Tout ce qui te maintient dans ce qui est petit, alors que Dieu t’a fait pour ce qui est grand ! Tu ne te tromperas jamais si tu choisis l’exigence. Ne choisis pas la difficulté pour elle-même, mais choisis l’exigence : elle est un vrai chemin de bonheur. N’aie pas peur de monter haut ; toujours plus haut. Écoute la Vierge Marie qui t’attire sur les sommets, au Thabor ou à Notre-Dame des Neiges. Écoute-la qui parle à ton cœur. Et redescends, plein d’enthousiasme et de fougue pour ce monde qui attend ton engagement !

Merci, Seigneur, pour tous ceux que mon ministère de prêtre a croisés. Cette foule de personnes, de tout âge et de toute condition, sur lesquelles tu m’as donné d’exercer le charisme de paternité que tu m’as confié. Inlassablement, j’ai cherché à planter, arroser, corriger, tailler, enseigner, libérer. Autant que je l’ai pu, et avec passion, j’ai planté des repères et des poteaux indicateurs sûrs et solides, sur lesquels chacun pourrait s’appuyer pour faire des choix libres et responsables. De toutes mes forces, je continuerai au ciel cette mission que tu m’as confiée, avec une sollicitude et une affection spéciale pour les prêtres.

Merci, Seigneur, pour l’immense tendresse que tu as mise dans mon cœur pour eux tous. Que tous puissent connaître la douceur de ta caresse de Père.

Pardon, Seigneur, pour tous ceux que je n’ai pas aimés ou que j’ai mal aimés.

Pardon pour ces piles de courrier que j’ai laissé traîner et auquel je n’ai jamais répondu.

Pardon surtout pour tous ceux que j’aurais offensés ou blessés, sans pouvoir réparer sur la terre.

Merci, Seigneur, pour l’immense amour que tu m’as donné pour l’Église et pour ses pasteurs. Et pour la confiance en l’Esprit Saint qui la guide sans cesse selon ses vues, souvent incompréhensibles pour nous. Merci de m’avoir appris à dire oui à tout avec ta Mère.

Merci aussi, Seigneur, pour la maladie, venue en son temps. Elle m’a donné de découvrir une nouvelle force dans la vulnérabilité.

Merci pour ce ministère de la souffrance que tu m’as confié pour l’Église, pour le monde.

Merci de m’avoir permis d’annoncer cet Évangile de la souffrance, si cher au cœur de mon père, saint Jean-Paul II.

Merci, Seigneur, de m’avoir permis d’y découvrir, avec saint Paul, une joie nouvelle (cf. Colossiens 1,24-25).

Merci surtout, Seigneur, ô merci, de m’avoir donné ta Mère. C’est elle qui m’a tout appris. Tout. Jusqu’à chanter Magnificat en pleurant au pied de ta Croix. Mère Immaculée, infiniment pure et tendre et douce. Oui, je suis ton enfant et tu es ma Mère !

Merci enfin, Seigneur, de me donner ce temps ultime pour me préparer au rendez-vous d’Amour que tu m’as fixé, dans ton incompréhensible bonté. Et maintenant, tenant ferme cette main maternelle à laquelle tu m’as confié, je viens à toi dans la joie et dans cette immense action de grâce. J’entends déjà les premières notes de la fête.

Console, je t’en prie, ceux qui vont pleurer mon départ. Souvent, je pense aux adieux de saint Paul aux Éphésiens (Actes des Apôtres 20,36-38). Pleurer, c’est signe que le cœur est vivant. Un cœur qui ne saigne pas est un cœur mort. Mais nos larmes ne sont pas comme celles des païens qui ne connaissent pas Dieu. Ce sont des larmes d’espérance. Les larmes de la grave allégresse. Réjouissez-vous tous avec moi, puisque je pars pour la Patrie. Il n’y a plus là-bas ni souffrance, ni pleurs, ni larmes ! Il n’y a plus là-bas qu’allégresse éternelle.

Que vienne enfin ce jour où tout sera récapitulé dans le Christ ! (Éphésiens 1,10)

Amen

Père François Potez, Testament spirituel, juillet 2025

 

 


mercredi 8 avril 2026

En vénérant... Homélie ancienne pour le grand et saint Samedi

 


Hymne

Seigneur Jésus, nous vénérons Ton saint tombeau et Tes souffrances ;
Par leurs vertus, Tu as sauvé l'humanité dans sa détresse.

Et maintenant Te voilà seul, enseveli dans la ténèbre.
Ô Toi, le Roi de l'univers, Tu gis dans cet étroit sépulcre.

Maître de tout, Te voilà mort, la chair de Dieu anéantie !
Mais par la mort, Tu vaincs la mort, Tu fais jaillir en nous la vie.

Douce lumière du Salut, Tu disparais dans ce sépulcre.
Que cherches-Tu dans les enfers ? serait-ce notre délivrance ?

Tu viens offrir à tous les morts, Jésus, l'éclat de Ta lumière.
Mystère étrange et merveilleux, inexprimable sépulture :

Ton corps est mis dans le tombeau, mais Tu n'as pas quitté le Père.
Et tous les cieux Te glorifient, Jésus, le Maître de la vie.

 

Homélie ancienne pour le grand et saint Samedi

Que se passe-t-il ? Aujourd'hui, grand silence sur la terre ; grand silence et ensuite solitude parce que le Roi sommeille. La terre a tremblé et elle s'est apaisée, parce que Dieu s'est endormi dans la chair et Il a éveillé ceux qui dorment depuis les origines. Dieu est mort dans la chair et le séjour des morts s'est mis à trembler.

C'est le premier homme qu'Il va chercher, comme la brebis perdue. Il veut aussi visiter ceux qui demeurent dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort. Oui, c'est vers Adam captif, en même temps que vers Ève, captive elle aussi, que Dieu se dirige, et Son Fils avec Lui, pour les délivrer de leurs douleurs.

Le Seigneur s'est avancé vers eux, muni de la croix, l'arme de Sa victoire. Lorsqu'il Le vit, Adam, le premier homme, se frappant la poitrine dans sa stupeur, s'écria vers tous les autres : « Mon Seigneur avec nous tous ! » Et le Christ répondit à Adam : « Et avec ton esprit ». Il le prend par la main et le relève en disant : Éveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d'entre les morts, et le Christ t'illuminera.

« C'est Moi ton Dieu, qui, pour toi, suis devenu ton fils ; c'est Moi qui, pour toi et pour tes descendants, te parle maintenant et qui, par Ma puissance, ordonne à ceux qui sont dans les chaînes : Sortez ! À ceux qui sont dans les ténèbres : Soyez illuminés ! À ceux qui sont endormis : Relevez-vous !

« Je te l'ordonne : Éveille-toi, ô toi qui dors, Je ne t’ai pas créé pour que tu demeures captif du séjour des morts. Relève-toi, d'entre les morts : Moi, Je suis la Vie des morts. Lève-toi, œuvre de Mes mains ; lève-toi, Mon semblable qui as été créé à Mon image. Éveille-toi, sortons d'ici. Car tu es en Moi, et Moi en toi, nous sommes une seule personne indivisible.

« C'est pour toi que Moi, ton Dieu, je suis devenu ton fils ; c'est pour toi que Moi, le Maitre, J'ai pris ta forme d'esclave ; c'est pour toi que Moi, qui domine les cieux, Je suis venu sur la terre et au-dessous de la terre ; c'est pour toi, l'homme, que Je suis devenu comme un homme abandonné, libre entre les morts ; c'est pour toi, qui es sorti du jardin que J'ai été livré aux Juifs dans un jardin et que J'ai été crucifié dans un jardin.

« Vois les crachats sur Mon visage ; c'est pour toi que Je les ai subis afin de te ramener à ton premier souffle de vie. Vois les soufflets sur Mes joues : Je les ai subis pour rétablir ta forme défigurée afin de la restaurer à Mon image.

« Vois la flagellation sur Mon dos, que J'ai subie pour éloigner le fardeau de tes péchés qui pesait sur ton dos. Vois Mes mains solidement clouées au bois, à cause de toi qui as péché en tendant la main vers le bois.

 « Je Me suis endormi sur la croix, et la lance a pénétré dans Mon côté, à cause de toi qui t'es endormi dans le paradis et, de ton côté, tu as donné naissance à Ève. Mon côté a guéri la douleur de ton côté ; Mon sommeil va te tirer du sommeil des enfers. Ma lance a arrêté la lance qui se tournait vers toi.

« Lève-toi, partons d'ici. L'ennemi t'a fait sortir de la terre du paradis : Moi, Je ne t'installerai plus dans le paradis, mais sur un trône céleste. Je t'ai écarté de l'arbre symbolique de la vie ; mais voici que Moi, qui suis la Vie, Je ne fais qu'un avec toi.

« J'ai posté les chérubins pour qu'ils te gardent comme un serviteur ; Je fais maintenant que les chérubins t’adorent comme un dieu. Le trône des chérubins est préparé, les porteurs sont alertés, le lit nuptial est dressé, les aliments sont apprêtés, les tentes et les demeures éternelles le sont aussi. Les trésors du bonheur sont ouverts et le royaume des cieux est prêt de toute éternité.

vendredi 3 avril 2026

En homéliant... Père François Potez, Vendredi Saint, Tout est accompli

 


Au commencement de l'évangile de saint Jean, Jésus se trouve face à deux disciples de Jean-Baptiste : « Se retournant, Jésus vit qu'ils Le suivaient, et leur dit : ‘Que cherchez-vous ?’ Ils lui répondirent : ‘Rabbi – ce qui veut dire : Maître –, où demeures-Tu ?’ Il leur dit : ‘Venez, et vous verrez’ » (Jean 1, 38-39). À la fin du même évangile, lorsque Judas et sa bande viennent l'arrêter, Jésus ne laisse pas à Judas le temps de le trahir : Il va au-devant de lui en lui demandant non plus : « Que cherchez-vous ? », mais : « Qui cherchez-vous ? – Jésus le Nazaréen ! répondent-ils. – C'est Moi, Je le suis ! » (Jean 18, 4-5).

Tout au long du récit de la Passion, on est frappé par la majesté de Jésus. Il impressionne par Sa stature, Sa dignité, Sa gravité. On sent, à travers ce qu'en rapporte saint Jean, témoin jusqu'au bout, à quel point Jésus est libre, à quel point Il maîtrise tout ce qui se passe.

L'évangéliste souligne que Jésus accomplit l'Écriture, qu'Il réalise tout ce qui était écrit de Lui. Il veut nous montrer combien le projet d'amour de Dieu, qui a envoyé Son Fils au milieu de nous pour nous sauver de la mort causée par notre péché, n'est pas entravé par les hommes. Dieu, au contraire, accomplit ce qu'Il a décidé souverainement, et Jésus, uni à son Père, parfaitement maître de sa liberté, domine ce drame parce qu'en réalité, c'est Lui qui le conduit : « Sachant que l'heure était venue pour Lui de passer de ce monde à Son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'au bout... » (Jean 13, 1). Il aima jusqu'à l'accomplissement, jusqu'à la perfection de l'Amour : «Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime » (Jean 15, 13).

Quand Jésus répond : « C'est Moi, Je le suis » à ceux qui étaient venus pour L'arrêter, ils tombent à la renverse, humiliés ! Mais Jésus fait vivre. Il ne veut pas la mort du pécheur, Il veut qu'il se relève. C'est pourquoi Il leur pose à nouveau cette question : « Qui cherchez-vous ? – Jésus le Nazaréen. – Si c'est bien Moi que vous cherchez, ceux-là, laissez-les partir » (Jean 18, 7-8).

De fait, ils partent tous, sauf Jean... et Pierre, qui, dans un geste désespéré, en voulant défendre son maître, le défend mal en usant de la violence. Jésus, maître de Lui-même, lui dit de rentrer son épée dans le fourreau car ce n'est pas ainsi qu'Il veut se défendre...

Au cours de Son procès devant Caïphe, Jésus, parfaitement souverain encore, impressionne les grands prêtres par Sa liberté. Il impressionne Pilate plus encore : « Qui es-Tu ? Tu es roi ? D'où es-Tu ? ». On rapporte que Pilate fut tourmenté par cet interrogatoire jusqu'à la fin de ses jours. Il savait parfaitement qu'il avait fait crucifier un homme innocent. Il avait même cherché un moyen de le faire relâcher mais, en réalité, il craignait la foule. Il n'écoutait ni son cœur, ni sa conscience : il ne voyait que la politique au mauvais sens du terme... Pourtant, parce que cette présence de Jésus l'interrogeait, il avait poursuivi son interrogatoire : « Ne sais-Tu pas que j'ai pouvoir de Te relâcher, et pouvoir de Te crucifier ? » Et Jésus de répondre : «Tu n'aurais aucun pouvoir sur moi si tu ne l'avais reçu d'en haut » (Jean 19, 10-11). C'est alors que Pilate Le livre pour qu'Il soit crucifié...

Jean ne s'étend pas sur le chemin de croix ni sur la crucifixion car ses premiers lecteurs savaient très bien ce qu'était ce supplice et l'horreur qu'il représentait, des milliers de personnes ayant été crucifiées par les Romains. Jean préfère souligner la liberté de Jésus sur la Croix. Pour que l'Écriture soit accomplie, Jésus dit ainsi à Marie : « Femme, voici ton fils !», puis, au disciple, Il déclare : « Voici ta mère ! » (Jean 19, 26-27).

Ensuite, Il dit : « J'ai soif ! » (Jean 19, 28). Après avoir bu le vinaigre qu'on Lui présentait, Jésus s'écrie enfin : « Tout est accompli ! » (Jean 19, 30).

 « Venez et vous verrez ! » avait dit Jésus à Ses deux premiers disciples, dont l'un était André, le frère de Pierre (Jean 1, 39) ; or, de Jean qui entra avec Pierre dans le tombeau au matin de la Résurrection, il est dit : « Il vit, et il crut » (Jean 20, 8). Il avait gardé intact le souvenir de cette rencontre. Elle avait eu lieu vers quatre heures de l'après-midi ; or, la mort de Jésus a eu lieu dans l'après-midi, au tout début de la Pâque.

Désormais, celui qui a des yeux pour voir, qu'il voie, des oreilles pour entendre, qu'il entende. Jésus ne donnera jamais la preuve de Sa divinité : cette preuve ne viendra que par le dedans : c'est la foi que l'Esprit Saint nous inspire si nous nous approchons suffisamment du Seigneur pour entrer dans Son intimité. Si nous Le regardons de loin ou avec des intentions mauvaises, si notre cœur a déjà porté un jugement, s'il n'écoute pas la conscience mais la foule, alors rien n'est possible : on ne découvrira jamais la divinité de Jésus, ni Son amour infini !

Le cri de Jésus : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi M'as-Tu abandonné ? » (Matthieu 27, 46) ne peut être reçu que par un cœur ouvert, que par ceux qui accueillent cette prière pour la faire leur. Le bon larron a ainsi fait sienne la prière de Jésus : sa culpabilité s'est heurtée à l'innocence et son cœur s'est ouvert. C'est pourquoi il a été sauvé... Pourtant, Jésus n'a pas moins aimé le mauvais larron que le bon : Il a eu pour eux le même regard. Cet homme enfermé dans son angoisse a même infligé à Jésus son ultime souffrance : le Christ est mort sans avoir converti le mauvais larron, de même qu'Il n'a converti ni les grands prêtres, ni les chefs du peuple, ni Pilate ! Mais Ses dernières joies ont été l'ouverture du cœur du bon larron, la présence de Sa mère et celle de Jean. Oui, vraiment, tout fut accompli là : « Quand J'étais avec eux, Je les gardais unis dans Ton nom, le nom que Tu m'as donné. J'ai veillé sur eux, et aucun ne s'est perdu, sauf celui qui s'en va à sa perte de sorte que l'Écriture soit accomplie » (Jean 17, 12).

Répondrons-nous à l'invitation de Jésus : « Venez et vous verrez » ? Terrible liberté que Dieu nous donne.

Qu'allons-nous en faire ? Si nous nous approchons tout près de la Croix, nous verrons Sa majesté, Sa divinité en actes, nous verrons Son Amour parce que nous verrons Son cœur ouvert. Avec Jean, nous pourrons contempler ce cœur transpercé d'où ont coulé l'eau et le sang ! Alors, nous en serons témoins pour notre monde.

Le témoignage que nous donnerons sera-t-il véridique ? Sera-t-il crédible ? Il ne le sera que si notre vie se conforme peu à peu à Son Amour, que si nous vivons selon le commandement qu'Il nous a donné le soir de la dernière Cène : « Aimez-vous les uns les autres comme Je vous ai aimés » (Jean 15, 12). C'est en allant jusqu'à nous donner les uns aux autres que le monde croira.

Marie, modèle de vie parfaitement donnée, apprends-nous à oser aller jusque-là !

Amen !

Père François Potez, L’Urgence de l’amour