samedi 5 février 2011

En citant... Georges Bernanos


Le Bon Dieu ne m’a pas mis une plume entre les doigts pour rigoler.

Georges Bernanos

Qui n’a pas vu la route, à l’aube entre deux rangées d’arbres, toute fraîche, toute vivante, ne sait pas ce que c’est que l’espérance.

Georges Bernanos

L'espérance est une vertu, virtus, une détermination héroïque de l'âme. La plus haute forme de l’espérance, c’est le désespoir surmonté.

Georges Bernanos

L’espérance est la plus grande et la plus difficile victoire qu’un homme puisse remporter sur son âme.

Georges Bernanos

L'espérance est une vertu héroïque. On croit qu'il est facile d'espérer. Mais n'espèrent que ceux qui ont eu le courage de désespérer des illusions et des mensonges où ils trouvaient une sécurité qu'ils prennent faussement pour de l'espérance. L'espérance est un risque à courir, c'est même le risque des risques. L'espérance est la plus grande et la plus difficile victoire qu'un homme puisse remporter sur son âme.

Georges Bernanos

Le plus dangereux de nos calculs sont ceux que nous appelons des illusions.

Georges Bernanos

On ne va jusqu'à l'espérance qu'à travers la vérité, au prix de grands efforts. Pour rencontrer l'espérance, il faut être allé au-delà du désespoir. Quand on va jusqu'au bout de la nuit, on rencontre une autre aurore.

Georges Bernanos

Les optimistes sont des imbéciles heureux, quant aux pessimistes, ce sont des imbéciles malheureux. 

Georges Bernanos

On ne saurait expliquer les êtres par leurs vices, mais au contraire par ce qu’ils ont gardé d’intact, de pur, par ce qui reste en eux de l’enfance, si profond qu’il faille chercher.

Georges Bernanos

Qui ne défend la liberté de penser que pour soi-même est déjà disposé à la trahir.

Georges Bernanos

Si l’homme ne pouvait se réaliser qu’en Dieu ? si l’opération délicate de l’amputer de sa part divine – ou du moins d’atrophier systématiquement cette part jusqu’à ce qu’elle tombe desséchée comme un organe où le sang ne circule plus – aboutissait à faire de lui un animal féroce ? ou pis peut-être, une bête à jamais domestiquée ?

Georges Bernanos

Il n’y a qu’un sûr moyen de connaître, c’est d’aimer.

Georges Bernanos

On ne comprend rien à la civilisation moderne si on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration contre toute espèce de vie intérieure.

Georges Bernanos

Dieu n’a pas d’autres mains que les nôtres.

Georges Bernanos

Être capable de trouver sa joie dans la joie de l’autre : voilà le secret du bonheur.

Georges Bernanos

Être informé de tout et condamné ainsi à ne rien comprendre, tel est le sort des imbéciles.

Georges Bernanos

On ne meurt pas chacun pour soi, mais les uns pour les autres, ou même les uns à la place des autres, qui sait ?

Georges Bernanos

L’Église est un mouvement, une force en marche, alors que tant de dévotes ont l’air de croire, feignent de croire, qu’elle est seulement un abri, un refuge, une espèce d’auberge spirituelle à travers les carreaux de laquelle on peut se donner le plaisir de regarder les passants, les gens du dehors, ceux qui ne sont pas pensionnaires de la maison.

Georges Bernanos

Le roman moderne manque de Dieu, mais le diable lui manque aussi. Le diable introduit, il est difficile de se passer de la Grâce pour expliquer l'homme.

Georges Bernanos

Les totalitarismes sont les fils de la démocratie. J'emmerde la démocratie.

Georges Bernanos

Le grand malheur de cette société moderne, sa malédiction, c’est qu’elle s’organise visiblement pour se passer d’espérance comme d’amour ; elle s’imagine y suppléer par la technique, elle attend que ses économistes et ses législateurs lui apportent la double formule d’une justice sans amour et d’une sécurité sans espérance.

Georges Bernanos, conférence 1945

Quand les sages ont épuisé leur sagesse, il faut écouter les enfants.

Georges Bernanos, Dialogues des carmélites

On a peur, on s'imagine avoir peur. La peur est une fantasmagorie du démon.

Georges Bernanos, Dialogues des carmélites

L'intellectuel est si souvent un imbécile que nous devrions toujours le tenir pour tel, jusqu'à ce qu'il nous ait prouvé contraire.

Georges Bernanos, La France contre les robots

On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure. Hélas ! la liberté n’est pourtant qu’en vous, imbéciles ! 

Georges Bernanos, La France contre les robots

Une Démocratie sans démocrates, une République sans citoyens, c’est déjà une dictature, c’est la dictature de l’intrigue et de la corruption.

Georges Bernanos, La France contre les robots

La plus redoutable machine est la machine à bourrer les crânes, à liquéfier les cerveaux. Obéissance et irresponsabilité, voilà les deux mots magiques qui ouvriront demain le paradis de la Civilisation des Machines.

Georges Bernanos, La France contre les robots

Qui cherche la vérité de l’homme doit s’emparer de sa douleur.

Georges Bernanos, La joie

Même le plus optimiste des hommes sait maintenant qu’une civilisation peut devenir dangereuse pour l’humanité. Il suffit qu’elle se soit constituée et développée d’après une définition incomplète et même fausse de l’homme.

Georges Bernanos, La Liberté pour quoi faire ?

On ne saurait juger un homme avant sa mort, c’est la mort qui donne son sens à la destinée.

Georges Bernanos, Le Chemin de la Croix-des-Âmes

Si le monde est menacé de mourir de sa machinerie, comme le toxicomane de son poison favori, c’est que l’homme moderne demande aux machines, sans oser le dire ou peut-être se l’avouer à lui-même, non pas de l’aider à surmonter la vie, mais à l’esquiver, à la tourner, comme on tourne un obstacle trop rude.

Georges Bernanos, Le Chemin de la Croix-des-Âmes

Les dernières chances du monde sont entre les mains des nations pauvres ou appauvries. C’est, en effet, la dernière chance qui reste au monde de se réformer, et si généreuse et magnanime qu’elle puisse être, une nation opulente ne serait pas capable de mettre beaucoup d’empressement à réformer un système économique et social qui lui a donné la prospérité. Or, si le monde ne se réforme pas, il est perdu. Je veux dire qu’il retombera tôt ou tard à la merci d’un démagogue génial, d’un militaire sans scrupules ou d’une oligarchie de banquiers.

Georges Bernanos, Le Chemin de la Croix-des-Âmes

Le crime du monde moderne est d’avoir jeté dans la mêlée des partis, mis au service d’intérêts obscurs, inavouables, les mots les plus beaux du langage humain, liberté, honneur, droit, justice, les mots les plus innocents – comme les régimes totalitaires de droite ou de gauche rêvent de jeter dans la guerre, arment de fusils ou de mitrailleuses, les enfants de dix ans.

Georges Bernanos, Le Chemin de la Croix-des-Âmes

L’espérance, voilà le mot que je voulais écrire. Le reste du monde désire, convoite, revendique, exige, et il appelle tout cela espérer, parce qu’il n’a ni patience, ni honneur, il ne veut que jouir et la jouissance ne saurait attendre, au sens propre du mot ; l’attente de la jouissance ne peut s’appeler une espérance, ce serait plutôt un délire, une agonie. D’ailleurs, le monde vit beaucoup trop vite, le monde n’a plus le temps d’espérer. La vie intérieure de l’homme moderne a un rythme trop rapide pour que s’y forme et mûrisse un sentiment si ardent et si tendre, il hausse les épaules à l’idée de ces chastes fiançailles avec l’avenir. L’idée de Guillaume d’Orange qu’il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre est mille fois plus vraie que ne le croyait sans doute ce grand homme. L’espérance est une nourriture trop douce pour l’ambitieux, elle risquerait d’attendrir son cœur. Le monde moderne n’a pas le temps d’espérer, ni d’aimer, ni de rêver. Ce sont les pauvres gens qui espèrent à sa place, exactement comme les saints aiment et expient pour nous. La tradition de l’humble espérance est entre les mains des pauvres, ainsi que les vieilles ouvrières gardent le secret de certains points de dentelles que les mécaniques ne réussissent jamais à imiter.

Georges Bernanos, Les Enfants humiliés

C’est de la sainte charité du Christ que le monde a peur : non de vous, ni de vos "idées".

Georges Bernanos, Les Enfants humiliés

J’essaie de comprendre. Je crois que je m’efforce d’aimer. Il est vrai que je ne suis pas ce qu’on appelle un optimiste. L’optimisme m’est toujours apparu comme l’alibi sournois des égoïstes, soucieux de dissimuler leur chronique satisfaction d’eux-mêmes. Ils sont optimistes pour se dispenser d’avoir pitié des hommes, de leur malheur.

Georges Bernanos, Les Grands Cimetières sous la lune

L'heure venue, c'est lui [l'enfant que je fus] qui reprendra sa place à la tête de ma vie, rassemblera mes pauvres années jusqu'à la dernière, et comme un jeune chef ses vétérans, ralliant la troupe en désordre entrera le premier dans la Maison du Père.

Georges Bernanos, Les Grands Cimetières sous la lune

Je ne crois qu’à ce qui me coûte. Je n’ai rien fait de passable en ce monde qui ne m’ait d’abord paru inutile, inutile jusqu’au ridicule, inutile jusqu’au dégoût. Le démon de mon cœur s’appelle – À quoi bon ?

Georges Bernanos, Les Grands Cimetières sous la lune

Je ne sais pas grand-chose d’utile, mais je sais ce que c’est que l’espérance du Royaume de Dieu, et ça n’est pas rien, parole d’honneur !

Georges Bernanos, Les Grands Cimetières sous la lune

L’idée de grandeur n’a jamais rassuré la conscience des imbéciles. La grandeur est un perpétuel dépassement, et les médiocres ne disposent probablement d’aucune image qui leur permette de se représenter son irrésistible élan (c’est pourquoi ils ne la conçoivent que morte et comme pétrifiée, dans l’immobilité de l’Histoire). Mais l’idée du Progrès leur apporte l’espèce de pain dont ils ont besoin. La grandeur impose de grandes servitudes. Au lieu que le progrès va de lui-même où l’entraîne la masse des expériences accumulées. Il suffit donc de ne lui opposer d’autre résistance que celle de son propre poids. C’est le genre de collaboration du chien crevé avec le fleuve qu’il descend au fil de l’eau.

Georges Bernanos, Les Grands Cimetières sous la lune

L’homme est naturellement résigné. L’homme moderne plus que les autres en raison de l’extrême solitude où le laisse une société qui ne connaît plus guère entre les êtres que les rapports d’argent. Mais nous aurions tort de croire que cette résignation en fait un animal inoffensif. Elle concentre en lui des poisons qui le rendent disponible le moment venu pour toute espèce de violence.

Georges Bernanos, Les Grands Cimetières sous la lune

Je regarde avec beaucoup plus de stupeur encore les catholiques que la lecture, même distraite, de l’Évangile ne semble pas inciter à réfléchir sur le caractère chaque jour plus pathétique d’une lutte qu’annonce pourtant une parole bien surprenante, qu’on n’avait jamais entendue, qui fût d’ailleurs restée, jadis, parfaitement inintelligible : « Vous ne pouvez servir Dieu et l’Argent ».

Georges Bernanos, Les Grands Cimetières sous la lune

Vous pouvez rigoler, chers frères, ce ne sont pas les communistes ni les sacrilèges qui ont mis le Seigneur en croix. Ça ne vous frappe pas que le bon Dieu ait réservé ses malédictions les plus dures à des personnages très bien vus, exacts aux offices, observateurs rigoureux du jeûne, et beaucoup plus instruits de leur religion – sans reproche – que la plupart des paroissiens d’aujourd’hui ?

Georges Bernanos, Les Grands Cimetières sous la lune

Encore une fois, je n’écris pas ces pages à l’intention des gens du peuple, qui d’ailleurs se garderont bien de les lire. Je voudrais faire clairement entendre qu’aucune vie nationale n’est possible ni même concevable dès que le peuple a perdu son caractère propre, son originalité raciale et culturelle, n’est plus qu’un immense réservoir de manœuvres abrutis, complété par une minuscule pépinière de futurs bourgeois. C’est le peuple qui donne à chaque patrie son type original. (…) On ne refera pas la France par les élites, on la refera par la base

Georges Bernanos, Les Grands Cimetières sous la lune

Les hommes du Moyen Age n’étaient ni très pitoyables ni très chastes, mais il ne serait venu à l’esprit d’aucun d’entre eux d’honorer la luxure ou la cruauté à l’exemple des Anciens, de leur dresser des autels. Ils assouvissaient leurs passions, ils ne les divinisaient pas. Ils étaient rarement capables peut-être d’imiter Saint Louis ou même le bon sire de Joinville, et cependant le plus grossier, si dur que fût son cœur, n’eût point douté qu’un roi juste fût supérieur à un roi puissant, que le service de l’État ne saurait justifier aucun manquement à la loi de l’honneur commune aux chevaliers comme aux princes et qu’un seul misérable, pour les basses besognes indispensables, jouit d’une espèce d’abjecte immunité : le bourreau. Sérieusement, on ne voit pas très bien la place d’un Saint Louis ou d’un Joinville dans l’Europe totalitaire. Ni celle de la France.

Georges Bernanos, Les Grands Cimetières sous la lune

Il est absurde de croire avec Jean-Jacques que l’homme naît bon. Il naît capable de plus de bien et de plus de mal que n’en sauraient imaginer les Moralistes, car il n’a pas été créé à l’image des Moralistes, il a été créé à l’image de Dieu. Et son suborneur n’est pas seulement la force de désordre qu’il porte en lui : instinct, désir, quel que soit le nom qu’on lui donne. Son suborneur est le plus grand des anges, tombé de la plus haute cime des Cieux.

Georges Bernanos, Les Grands Cimetières sous la lune

Vous ne ferez rien de durable pour le bonheur des hommes parce que vous n’avez aucune idée de leur malheur.

Georges Bernanos, Les Grands Cimetières sous la lune

Qu’importe ma vie ! Je veux seulement qu’elle reste jusqu’au bout fidèle à l’enfant que je fus.

Georges Bernanos, Les Grands Cimetières sous la lune

Ce sont les forces spirituelles qui en finiront avec la tyrannie de l’Argent parce qu’elles en délivreront les consciences, elles redresseront les consciences en face de ces maîtres comme en face de tous les autres. Alors sera vraiment constitué le front de la liberté. 

Georges Bernanos, Lettre aux Anglais

Un jour, tu comprendras que la prière est justement une manière de pleurer, les seules larmes qui ne soient pas lâches.

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne

Ô merveille, qu’on puisse ainsi faire présent de ce qu’on ne possède pas soi-même, ô doux miracle de nos mains vides !

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne

Mais c’est du sentiment de sa propre impuissance que l’enfant tire humblement le principe même de sa joie.

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne

Dieu a sauvé chacun de nous, et chacun de nous vaut le sang de Dieu.

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne

Le bon Dieu n’a pas écrit que nous étions le miel de la terre, mon garçon, mais le sel. Or, notre pauvre monde ressemble au vieux père Job sur son fumier, plein de plaies et d’ulcères. Du sel sur une peau à vif, ça brûle. Mais ça empêche aussi de pourrir. Avec l’idée d’exterminer le diable, votre autre marotte est d’être aimés, aimés pour vous-mêmes, s’entend. Un vrai prêtre n’est jamais aimé, retiens ça.

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne

C’est une des plus incompréhensibles disgrâces de l’homme, qu’il doive confier ce qu’il a de plus précieux à quelque chose d’aussi instable, d’aussi plastique, hélas, que le mot.

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne

Vous avez la vocation de l’amitié, observait un jour mon vieux maître le chanoine Durieux. Prenez garde qu’elle ne tourne à la passion. De toutes, c’est la seule dont on ne soit jamais guéri.

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne

La vérité, elle délivre d’abord, elle console après.

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne

Je prétends simplement que lorsque le Seigneur tire de moi, par hasard, une parole utile aux âmes, je la sens au mal qu’elle me fait.

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne

Je sais bien que je ne mérite pas sa confiance mais dès qu’elle m’est donnée, il me semble aussi que je ne la décevrai pas. C’est là toute la force des faibles, des enfants, la mienne.

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne

Comme nous savons peu ce qu’est réellement une vie humaine ! La nôtre. Nous juger sur ce que nous appelons nos actes est peut-être aussi vain que de nous juger sur nos rêves. Dieu choisit, selon sa justice, parmi ce tas de choses obscures, et celle qu’il élève vers le Père dans le geste de l’ostension, éclate tout à coup, resplendit comme un soleil.

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne

La dernière des imprudences est la prudence, lorsqu’elle nous prépare tout doucement à nous passer de Dieu.

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne

Oh ! Je sais bien que la compassion d’autrui soulage un moment, je ne la méprise point. Mais elle ne désaltère pas, elle s’écoule dans l’âme comme à travers un crible. Et quand notre souffrance a passé de pitié en pitié, ainsi que de bouche en bouche, il me semble que nous ne pouvons plus la respecter ni l’aimer…

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne

Mon premier devoir, au début des épreuves qui m’attendent, devrait être sûrement de me réconcilier avec moi-même…

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne

Ma mort est là. C’est une mort pareille à n’importe quelle autre, et j’y entrerai avec les sentiments d’un homme très commun, très ordinaire. Il est même sûr que je ne saurai guère mieux mourir que gouverner ma personne. J’y serai aussi maladroit, aussi gauche. On me répète : « Soyez simple ! » Je fais de mon mieux. C’est si difficile d’être simple !

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne

L’héroïsme à ma mesure est de n’en pas avoir et puisque la force me manque, je voudrais maintenant que ma mort fût petite, aussi petite que possible, qu’elle ne se distinguât pas des autres événements de ma vie.

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne

J’entends bien qu’un homme sûr de lui-même, de son courage, puisse désirer faire de son agonie une chose parfaite, accomplie. Faute de mieux, la mienne sera ce qu’elle pourra, rien de plus. Si le propos n’était très audacieux, je dirais que les plus beaux poèmes ne valent pas, pour un être vraiment épris, le balbutiement d’un aveu maladroit. Et à bien réfléchir, ce rapprochement ne peut offenser personne, car l’agonie humaine est d’abord un acte d’amour.

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne

Il est plus facile que l’on croit de se haïr. La grâce est de s’oublier. Mais si tout orgueil était mort en nous, la grâce des grâces serait de s’aimer humblement soi-même, comme n’importe lequel des membres souffrants de Jésus-Christ.

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne

La prière : Étrange rêve, singulier opium qui, loin de replier l’individu sur lui-même, de l’isoler de ses semblables, le fait solidaire de tous, dans l’esprit de l’universelle charité !

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne

Il est difficile d’imaginer à quel point les gens que le monde dit sérieux sont puérils, d’une puérilité vraiment inexplicable, surnaturelle.

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne

Le péché contre l’espérance – le plus mortel de tous, et peut-être le mieux accueilli, le plus caressé. Il faut beaucoup de temps pour le reconnaître, et la tristesse qui l’annonce, le précède, est si douce ! C’est le plus riche des élixirs du démon, son ambroisie.

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne

Naturellement, on ne veut pas voir plus loin que la faute. Or la faute n’est, après tout, qu’un symptôme. Et les symptômes les plus impressionnants pour les profanes ne sont pas toujours les plus inquiétants, les plus graves.

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne

Je crois, je suis sûr que beaucoup d’hommes n’engagent jamais leur être, leur sincérité profonde. Ils vivent à la surface d’eux-mêmes, et le sol humain est si riche que cette mince couche superficielle suffit pour une maigre moisson, qui donne l’illusion d’une véritable destinée.

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne

On ne perd pas la foi, elle cesse d’informer la vie, voilà tout.

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne

Confondre la luxure propre à l’homme, et le désir qui rapproche les sexes, autant donner le même nom à la tumeur et à l’organe qu’elle dévore, dont il arrive que sa difformité reproduise effroyablement l’aspect.

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne

Dieu ! Comment ne s’avise-t-on pas plus souvent que le masque du plaisir, dépouillé de toute hypocrisie, est justement celui de l’angoisse ?

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne

Quiconque a quelque expérience du péché n’ignore pas que la luxure menace sans cesse d’étouffer sous ses végétations parasites, ses hideuses proliférations, la virilité comme l’intelligence.

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne

La pureté ne nous est pas prescrite ainsi qu’un châtiment, elle est une des conditions mystérieuses mais évidentes – l’expérience l’atteste – de cette connaissance surnaturelle de soi-même, de soi-même en Dieu, qui s’appelle la foi. L’impureté ne détruit pas cette connaissance, elle en anéantit le besoin. On ne croit plus, parce qu’on ne désire plus croire.

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne

Marie, pour la bien prier, il faut sentir ce regard qui n'est pas tout à fait celui de l'indulgence — car l'indulgence ne va pas sans quelque expérience amère — mais de la tendre compassion, de la surprise douloureuse, d'on ne sait quel sentiment encore, inconcevable, inexprimable, qui la fait plus jeune que le péché, plus jeune que la race dont elle est issue, et bien que Mère par la grâce, Mère des grâces, la cadette du genre humain.

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne

Je sais aussi que la souffrance a son langage, qu’on ne doit pas la prendre au mot, la condamner sur ses paroles, qu’elle blasphème tout, société, famille, patrie, Dieu même.

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne

L’angoisse dont je souffre est-elle contagieuse ? J’ai, depuis quelque temps, l’impression que ma seule présence fait sortir le péché de son repaire, l’amène comme à la surface de l’être, dans les yeux, la bouche, la voix…

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne

Le vide fascine ceux qui n’osent pas le regarder en face, ils s’y jettent par crainte d’y tomber.

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne

Bénies soient les fautes qui laissent en nous de la honte !

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne

Il n’est pire désordre en ce monde que l’hypocrisie des puissants.

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne

Rappelez-vous l’Ancien Testament : les biens de la terre y sont très souvent le gage de la faveur céleste. Quoi donc ! N’était-ce pas un privilège assez précieux que de naître exempt de ces servitudes temporelles qui font de la vie des besogneux une monotone recherche du nécessaire, une lutte épuisante contre la faim, la soif, ce ventre insatiable qui réclame chaque jour son dû ? Vos maisons devraient être des maisons de paix, de prière.

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne

Les prêtres se sont tus trop souvent, et je voudrais que ce fût seulement par pitié. Mais nous sommes lâches. Le principe une fois posé, nous laissons dire.

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne

L’enfer, madame, c’est de ne plus aimer.

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne

Dieu n’est pas le maître de l’amour, il est l’amour même. Si vous voulez aimer, ne vous mettez pas hors de l’amour.

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne

La luxure est une plaie mystérieuse au flanc de l’espèce. Que dire, à son flanc ? À la source même de la vie. Confondre la luxure propre à l’homme, et le désir qui rapproche les sexes, autant donner le même nom à la tumeur et à l’organe qu’elle dévore, dont il arrive que sa difformité reproduise effroyablement l’aspect.

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne

On peut parfaitement imaginer l’Église ainsi qu’une vaste entreprise de transport, de transport au paradis, pourquoi pas ? Eh bien, je le demande, que deviendrions-nous sans les saints qui organisent le trafic ? Certes, depuis deux mille ans, la compagnie a dû compter pas mal de catastrophes, l’arianisme, le nestorianisme, le pélagianisme, le grand schisme d’Orient, Luther… pour ne parler que des déraillements et télescopages les plus célèbres. Mais, sans les saints, moi je vous le dis, la chrétienté ne serait qu’un gigantesque amas de locomotives renversées, de wagons incendiés, de rails tordus et de ferrailles achevant de se rouiller sous la pluie. Aucun train ne circulerait plus depuis longtemps sur les voies envahies par l’herbe.

Georges Bernanos, Nos amis les Saints

L’Église. Voilà la vérité, je l'aime comme la douloureuse vie elle-même, je l'accepte telle quelle, telle quelle je tâche de l'accepter, et il me semble qu'au terme de cette acceptation, si du moins j'en étais jamais digne, je recevrais mon humble part dans l'immense effort de son ascension.

Georges Bernanos, Nous autres Français

La force et la faiblesse des dictateurs est d'avoir fait un pacte avec le désespoir des peuples.

Georges Bernanos, Nous autres Français

Il y a un ordre chrétien. Notre ordre est un ordre de justice. Je prie les incrédules de bien vouloir un moment ne considérer que le principe même de cet ordre, d’oublier les échecs répétés de sa réalisation temporelle. Cet ordre est celui du Christ, et la tradition catholique en a maintenu les définitions essentielles. Quant au soin de sa réalisation temporelle, il n’appartient pas aux théologiens, aux casuistes, aux docteurs, mais à nous chrétiens. Or, la plupart des chrétiens paraissent absolument oublier cette vérité élémentaire.

Georges Bernanos, Nous autres Français

Il n’y a pas d’orgueil à être français. Au fond de tout orgueil, il y a ce vieux levain d’idolâtrie. Nous ne sommes pas un peuple d’idolâtres. […] Nous ne sommes nullement tentés de diviniser quoi que ce soit. Nous sommes le seul peuple qui en plein délire homicide ait dressé, non contre Dieu, mais contre lui-même, ainsi qu’un tragique témoignage de sa folie, un autel à la Raison Universelle. Diviniser la Raison n’est peut-être pas un acte d’idolâtrie. Mieux vaut diviniser la Raison que la Nature, ou la Race ; mieux vaut diviniser la Raison que se diviniser soi-même.

Georges Bernanos, Nous autres Français

D’une manière générale, il est juste d’écrire que la Bourgeoisie, depuis cent cinquante ans, peut être définie : la classe française dont le sort, dès l’origine, s’est trouvé lié à l’économie libérale, qui a défendu pied à pied le régime inhumain de l’économie libérale, qui s’est laissé arracher un par un, ainsi que des concessions gratuites, les réformes indispensables.

Georges Bernanos, Nous autres Français

Qu’est-ce donc que le Péché ? une transgression de la loi ? sans doute, mais que voilà une pauvre abstraction ! Au lieu que vous aurez tout exprimé de lui quand vous l’aurez nommé de son nom : un déicide.

Georges Bernanos, Œuvres de Combat I

Ma vocation sur la terre n’est pas de rassurer les imbéciles.

Georges Bernanos, Œuvres de Combat II

Neuf fois sur dix l’optimisme est une forme sournoise de l’égoïsme, une manière de se désolidariser du malheur d’autrui.

Georges Bernanos, Œuvres de Combat II

Je me suis toujours efforcé d’éveiller ceux qui dorment et d’empêcher les autres de s’endormir. C’est là une besogne qui ne rapporte pas de grands profits ni de grands honneurs, mais qui vous ferme beaucoup de carrières.

Georges Bernanos, Œuvres de Combat II

Si le bon Dieu veut vraiment de vous un témoignage, il faut vous attendre à beaucoup travailler, à beaucoup souffrir, à douter de vous sans cesse, dans le succès comme dans l’insuccès ! Car pris ainsi, le métier d’écrivain n’est plus un métier, c’est une aventure, et d’abord une aventure spirituelle.

Je savais bien, fit-elle. Tu ne crains pas l'enfer et tu crains ta femme ! Es-tu bête !

Georges Bernanos, Sous le soleil de Satan

Son rire ! voici l’arme du prince du monde. Il se dérobe comme il ment, il prend tous les visages, même le nôtre. Il est dans le regard qui le brave, il est dans la bouche qui le nie. Il est dans l’angoisse mystique, il est dans l’assurance et la sérénité du sot.

Georges Bernanos, Sous le soleil de Satan