jeudi 20 février 2020

En notant… Kléber Haedens, Le whisky d’Écosse



Le célèbre acteur écossais James Robertson Justice, docteur en philosophie et recteur de l'Université d'Édimbourg, angoissé par le snobisme et l'incompétence qui submergent chaque jour davantage le monde des amateurs de whisky, nous offre quelques précisions importantes.
Il existe quatre grandes régions où se produit le whisky d'Écosse. La première, celle du Nord, se divise elle-même en deux territoires : l'Est, qui donne un whisky trop sec pour le goût de Robertson Justice, et l'Ouest qui répand un lourd parfum de tourbe auquel il est permis de s'attacher. Robertson Justice salue au passage, avec le respect qu'ils méritent, Highland Park d'Orkney, Cline Lish de Brora, Glenmorangie de Tain et Talisker de Carbost of Skye.
Vient ensuite la ravissante île d'Islay dont les produits, plus savoureux et parfumés que les autres, sont comme les poids moyens dans le ring. Si James Robertson Justice était contraint, ce qu'à Dieu ne plaise, d'emprisonner son amour du whisky dans une seule région d'Écosse, il choisirait Islay.
Robertson Justice classe dans la catégorie des poids lourds les whiskies de la troisième région qui est bien, comme nous l'avions deviné, celle du Royal Burgh of Campbeltown. Ils sont vigoureux, virils et véhéments. Le recteur va même jusqu'à leur reprocher un léger excès de vigueur et cela signifie quelque chose dans la bouche d'un homme qui a la barbe et la carrure d'Hemingway,
Toutefois, Springbank et Rieclachan ont été bus avec succès.
Pour finir, on arrive, à travers les Lowlands, au whisky du Sud. Robertson Justice avoue qu'il ne les connaît guère. Il garde cependant la nostalgie du vieux Bladnoch qu'il buvait dans ses années heureuses de Galloway.
Andy Mac Elhone, de Dundee, le galant expert de la rue Daunou, affirme que ces merveilleux malt vines ne traverseraient pas les gosiers français avec la prestesse chatoyante d'un air de Vivaldi. Peut-être. La croisade de James Robertson Justice n'en garde pas moins sa noblesse, même s'il est chimérique de songer à déniaiser les buveurs superficiels qui sortent des boîtes de nuit pour entrer dans les romans contemporains. Ils continueront à demander vaguement du « scotch », seul mot qui ait pu s'imprimer dans leurs pauvres têtes où quelques mesures de cool tournent en vain.
Kléber Haedens, in L'Air du Pays