vendredi 28 février 2014

En cheminant... Simone Pacot, Lois de vie et réalités spirituelles

Alors l'Éternel Dieu modela l'homme
avec la glaise du sol,
 Il insuffla dans ses narines une haleine de vie
et l'homme devint un être vivant.
(Gn 2, 7)
Dieu créa l'homme à son image,
à l'image de Dieu Il le créa,
homme et femme Il les créa.

(Gn 1, 27)
Cette parole fondatrice de l'être humain est un formidable appel à vivre, la première réalité que l'être humain devrait intégrer. Je te donne la vie, sois vivant.
C'est le don premier, précieux, inestimable, la première manifestation de l'amour, pour tous sans exception : Dieu vit tout ce qu'il avait fait, et cela était très bon (Gn 1, 31).
Dieu est la source de la vie. Il en précise le sens, la finalité. Il rend à la vie ceux et celles qui se sont égarés sur un chemin de mort, quelle qu'en soit la forme.
Ceux et celles qui ont été blessés dans leur première relation, qui n'ont pas véritablement connu l'amour, entendent dire que Dieu est Amour, mais bien souvent ils ne parviennent pas à en faire l'expérience. C'est comme s'il y avait un voile en eux, un barrage, une porte fermée. La vie peut apparaître d'emblée comme menaçante, insécurisante. Apprendre à recevoir la vie comme bonne en son principe, découvrir qu'elle est un don de Dieu, une manifestation de son Amour est une première approche de Dieu, un pas vers le développement conscient du désir de vivre.
L'éveil.
Beaucoup poursuivent leur route comme s'il était naturel d'exister, ils ne sont pas éveillés ; ils ne pensent pas à entrer dans la gratitude d'être des vivants. Ils oublient leur filiation d'origine, la parenté essentielle : c'est le premier morcellement de l'être coupé de sa source.
La vie, mais quelle vie ?
On trouve actuellement une abondance de livres, de séminaires sur le développement de la vie, le travail sur soi, la mise au jour de ses ressources spécifiques, l'estime de soi, la pensée positive... On ne peut que se réjouir de cette profusion de connaissances, d'expériences, de notions psychologiques simples mises à la portée de tous, car développer la vie est la tâche de tout humain. Mais de quelle vie s'agit-il ? Le sens de la vie, de sa vie, est la recherche fondamentale de chacun.
La question se pose pour tous ceux et celles qui sont en quête de leur unité, de leur être en son entier, qui cherchent comment intégrer leur foi dans leur humanité. La vie que Dieu donne obéit à un ordonnancement, elle ne va pas dans n' importe quel sens et il est essentiel de découvrir les fondements et conditions de cet ordre fondamental. Ce sont eux qui vont permettre à la vie de se déployer dans sa véritable fécondité. L'être humain ne saurait méconnaître ni la source, ni la finalité de la vie.
Cependant, il lui arrive d'oublier que les principes essentiels, les grands fondements de la vie qui vont lui permettre de découvrir la cohérence de son existence se trouvent en lui-même.
Au cours de la restauration de ce que l'on nomme, dans le chemin d'évangélisation des profondeurs, les blessures infectées (c'est-à-dire les blessures qui ont été mal vécues et se sont en quelque sorte envenimées), ces fondements de l'être humain vont être remis en valeur, énoncés de façon précise : ils se révèlent des repères essentiels qui balisent le chemin qui mène à la vie, et signalent les possibles chemins de mort : ils font clairement prendre conscience de la façon dont on a pu se détourner de la vie et s'égarer sur un chemin qui mène à la destruction d'une part de soi. Ils permettent de nommer, et donc de quitter, les chemins de mort pour retrouver la direction de la vie.
En effet, si l'être humain est appelé à une vie belle, bonne, abondante, il va cependant rencontrer le mal sur sa route. Ce mal est essentiellement ce qui empêche la vie de naître et de se déployer, ce qui mène à une forme de destruction et de mort, quelle qu'en soit la forme.
L'appellation générique de lois de vie est apparu tout naturellement pour définir ces fondements essentiels de la vie, gravés au cœur de tout humain. Pour en faciliter l'approche, la compréhension, la mise en œuvre, il a semblé fécond de les regrouper, de préciser la parole biblique qui les éclaire, de les exposer de façon simple, accessible à tous et à toutes, d'en retrouver le sens vital, ainsi que l'impact qu'elles ont sur nos comportements quotidiens.
C'est ainsi que l'étude vitale concrète de cinq de ces lois celles qui touchent de plus près la restauration des blessures qui sont approfondies dans le trajet d'évangélisation des profondeurs — font l'objet de ce livre.
1. Le choix de vivre
Choisis donc la vie (Dt 30, 15-20).
La vie t'est donnée, mais ne te contente pas d'être en vie. Choisis de vivre, détermine-toi. Choisis la vie telle qu'elle est mise en ordre par le Créateur, selon son « ordonnancement », quelles que soient les circonstances de ta vie. N'aie aucune connivence avec la mort.
2. L'acceptation de la condition humaine
Et YHVH Élohim ordonna sur l'Adam disant : De tout arbre du jardin tu mangeras. Et de l'arbre de la connaissance du bien et du mal tu ne mangeras pas, car le jour où tu en mangeras, tu mourras (Gn 2, 16-17)1.
Tu es créé, tu n'es pas Dieu, Dieu seul est Dieu. Tu es fils ou fille de Dieu. Tu es créé et aimé dans les limites propres à tout humain, à tout ce qui a pris forme ; accepte ta condition de créature en toutes ses dimensions.
Ne convoite pas la divinité.
3. Le déploiement de l'identité spécifique de chaque personne en Dieu et en juste relation avec l'autre
Va vers toi, de la terre de ton enfantement, de la maison de ton Père vers la terre que je te ferai voir (Gn 12, 1).
On ne t'appellera plus du nom d'Abram, mais ton nom sera Abraham, car je te donnerai de devenir le père d'une multitude de nations (Gn 17, 5).
Celui qui a des oreilles, qu'il entende ce que l'Esprit dit aux Églises : au vainqueur, je donnerai de la manne cachée et je lui donnerai aussi un caillou blanc, un caillou portant un nom nouveau que nul ne connaît, hormis celui qui le reçoit (Ap 2, 17).
Tu es créé et aimé unique, deviens toi-même en Dieu, suis ton chemin personnel dans une juste relation à l'autre. Il t'est interdit de te mélanger à l'identité d'une autre personne, de la posséder ou de te laisser posséder, d'entretenir de la confusion dans la relation, de te courber devant un pouvoir abusif, de convoiter ce qu'a ou est l'autre.
4. La recherche de l'unité de la personne habitée par le Dieu vivant.
Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force, de tout ton esprit et ton prochain comme toi-même (Dt 6, 5 ; Lv 19, 18 ; Lc 10, 27).
Le Verbe s'est fait chair (Jn 1, 14).
Ne savez-vous pas que vous êtes un temple de Dieu, et que l'Esprit de Dieu habite en vous (1 Co 3, 16).
Tu es un au travers de ton corps, de ta psyché et du cœur profond qui les anime. Ne les divise pas, ne les mélange pas, découvre leur hiérarchie intérieure.
Apprends de l'Esprit comment collaborer avec lui pour qu'il vivifie ton humanité.
5. L'entrée dans la fécondité et le don
Dieu les bénit et leur dit : soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la (Gn 1, 28).
La parabole des talents en Mt 25, 14-30 : C'est bien, serviteur bon et fidèle, lui dit son maître, en peu de choses tu as été fidèle, sur beaucoup je t'établirai ; entre dans la joie de ton seigneur (Mt 25, 21).
Comme la plante porte des fleurs et l'arbre des fruits, toi, entre dans la fécondité de ta vie. Reconnais la source du don et développe les talents qui t'ont été remis.
Ne sombre pas dans la dépréciation de toi-même, ne te replie pas sur toi, n'enterre pas tes désirs les plus authentiques.

Les lois de vie sont des lois ontologiques
Elles sont inscrites dans la constitution même de l'être humain. Elles établissent les conditions premières de la vie, d'une mise en ordre de la personne, de son développement, de la justesse de la relation. Elles garantissent l'ordre de la création, tout ce qui vit, l'homme, la femme, l'harmonie de leur structure interne, leur paix, leur équilibre fondamental, leur unité intérieure, la cohérence de leur vie. Elles donnent la juste direction et protègent les humains en les alertant sur les possibles chemins de destruction.
Dans le principe, les lois de vie sont connues de tous, car elles sont déjà là au cœur de l'être humain. Mais beaucoup d'hommes, de femmes sont tellement dispersés ou abîmés qu'ils ont difficilement accès à une véritable prise de conscience du sens vital de ces lois.
Le fait qu'elles soient considérées comme connues, comme « allant de soi », explique peut-être pourquoi on oublie si souvent de prendre le temps de les définir par des mots, d'en approfondir la signification, d'explorer l'impact très concret qu'elles vont avoir sur les comportements quotidiens.
On les retrouve dans toutes les dimensions de l'être humain : corporelle, psychologique, spirituelle. C'est normal puisqu'elles régissent la structure interne de l'homme ; il ne saurait y avoir aucune contradiction entre les lois spirituelles et les lois psychologiques ou biologiques.
Ce sont des lois de Dieu
Elles en ont donc les caractéristiques : la loi de Dieu est par essence inscrite dans les cœurs, gravée au fond de l'être, c'est la loi intérieure qui habite tout homme, toute femme 2. Elle est valable pour tous, en tous temps, en tous lieux. Elle n'est pas facultative : y adhérer mène à un chemin de vie ; la transgresser entraîne une forme de mort.
Les lois humaines ajustées actualisent ces lois de vie universelles. Elles expriment la façon de vivre les lois de Dieu. Les lois humaines sont soumises au choc des cultures, des temps. Elles doivent être sans cesse questionnées, repensées, révisées, revivifiées pour faire face aux situations nouvelles, concrètes, inventer des chemins de vie. Elles sont faites pour libérer l'être humain de l'esclavage, du chaos.
Beaucoup ignorent que les lois de vie sont des lois de Dieu, et cette ignorance est une des causes principales du morcellement de l'être, des difficultés rencontrées dans la juste articulation des dimensions psychologiques et corporelles avec la dimension spirituelle.
Actuellement, de nombreuses personnes qui ont une réelle vie de foi entreprennent un travail de vérité sur elles-mêmes. C'est un beau chemin. Mais comment expliquer que nombre d'entre elles descendent dans leurs profondeurs psychologiques ou travaillent sur le corps et ne savent plus ensuite comment faire la jonction entre leur dimension psychologique, biologique et leur foi ?
En faisant un parcours psychologique ou corporel, elles ont, bien entendu, abordé les lois de vie, retrouvé une part de vie. Il ne saurait en être autrement. Mais bien souvent elles n'ont pas découvert que ces lois de vie sont en réalité des lois de Dieu : c'est ce qui explique qu'elles ne savent plus comment retrouver le sens vital des lois de Dieu, de la Parole de Dieu qui leur paraît étrangère à ce qu'elles viennent de découvrir. C'est alors qu'elles peuvent rester écartelées entre la foi et la vie de leur psyché ou de leur corps.
À partir du moment où elles comprennent que les lois qu'elles ont rencontrées dans leur parcours psychologique ou corporel ont une origine divine, la lumière se fait ; la remontée, le chemin de retour vont pouvoir être entiers, concerner toutes les dimensions de leur être : elles ont retrouvé la source et le chemin qui y mène.
Avec l'apport inappréciable de la mise au jour de la vérité sur elles-mêmes, elles vont découvrir les démarches intérieures, spirituelles, qui vont leur permettre d'aller au bout de leur quête.
Au cours de leur trajet psychologique ou corporel, elles ont pris conscience qu'elles ont transgressé une loi de vie, mais tout à coup, elles découvrent qu'elles ont en réalité transgressé une loi de Dieu, ce qui les fait immédiatement entrer sur un autre plan : c'est cette découverte qui va leur permettre de faire la jonction entre les différentes dimensions de leur être. La vision s'élargit, il devient possible de vivre une démarche spirituelle à partir de la réalité psychologique ou corporelle qui n'est pas déniée.
La notion de loi
Beaucoup sont hérissés par le terme loi qui leur rappelle de mauvais souvenirs d'étroitesse et de réduction de vie. C'est une erreur de croire que les lois de vie sont de l'ordre du légalisme borné : elles touchent la vie et la mort, elles donnent la direction de la vie. On ne saurait donc les appréhender comme un code juridique ou des notions dépassées, anciennes, contraignantes.
En méconnaissant le sens des informations essentielles qui fondent la vie, on perd en même temps ses racines. Pour construire une maison, on pose les fondations. Comment retrouver l'ordre en soi si les fondations sont absentes ?
La forme des lois de vie
Les lois de vie doivent être entendues d'abord dans leur formulation positive : elles donnent la direction de la vie ; puis dans leur formulation négative : elles énoncent ce que l'on appelle des interdits structurants, ceux qui protègent la vie, alertent les humains sur les possibles chemins de mort. Elles se présentent comme des ordres de vie qui sont autant de manifestations de l'amour de Dieu pour ses créatures.
On pourrait dire tout simplement que les ordres de Dieu sont là pour mettre de l'ordre dans la création et dans la structure interne de l'être humain. Une fois que l'on a compris cette évidence, le chemin s'éclaire, on sort de la contrainte, on entre dans une dimension de relation, d'adhésion à une direction de vie.
Quel est le sens vital de ces lois, de ces ordres de vie, de ces grands interdits ? Quel impact ont-ils sur la construction de l'identité, de la liberté, sur la qualité de la relation, la façon de vivre ?
Les lois de vie ouvrent un chemin de vie
La seule reconnaissance que la loi de vie est une loi de Dieu ne suffit pas. Un chemin s'ouvre, jalonné de démarches intérieures, spirituelles, précises.
Le trajet se poursuit avec d'autres références : la reconnaissance du Dieu créateur ; la vérité de la Parole qui donne les conditions de la vie ; une juste collaboration avec l'Esprit-Saint : sa lumière va aider à discerner les passages à traverser ; l'adhésion à la grâce du Christ, l'accueil de sa présence vivifiante donne la force d'entrer dans une liberté personnelle, de poser des choix, de se lever de son grabat, de se mettre en marche (Jn 5, 8), de quitter le tombeau dans lequel on était enfermé (Jn 11, 43), pour retrouver la vie.
Pour beaucoup, il va être nécessaire de renoncer à la fausse croyance qu'une reprise spirituelle va leur permettre de brûler les étapes, d'éviter une douloureuse descente dans la réalité de leur humanité. Conversion ne signifie pas mutilation ou effacement de l'humanité, mais participation à l'œuvre de l'Esprit qui va vivifier l'être en son entier.
On peut avoir une intense vie spirituelle au travers de grandes difficultés psychologiques ou corporelles ; mais cela n'exclut en aucune façon ce chemin de remise en ordre que chacun, chacune, va vivre à sa façon et selon ses possibilités.
Il arrive qu'après un travail psychique ou corporel certains demeurent liés par des paroles et des regards négatifs, des croyances mensongères, erronées, des interdits, une violence, un sentiment de révolte tenace, une souffrance que rien ne vient apaiser... Tout cela a pu être mis au jour, repéré ; cependant bien souvent la mise en mots ne suffit pas à mener à la libération. C'est comme si la chair même était atteinte, comme si les nœuds des blessures mal vécues étaient toujours là, infectés.
C'est alors que les démarches spirituelles vont permettre d'aller plus loin. L'autorité, la vérité de la Parole de Dieu, vont être sources de libération. Dans la grâce de la présence vivante du Christ, ce sont elles qui font contrepoids à ce qui s'est inscrit en soi de façon si prégnante. Elles sont comme l'antidote du poison qui s'est infiltré et sur lequel on a pu se construire. Mais ici encore, cette parole n'est pas magique. Elle oriente vers un véritable chemin de retour, une remontée après la descente, une résurrection après un passage par une forme de mort.
L'expérience montre que cette partie du trajet n'entraîne ni condamnation, ni accablement. C'est un temps béni et plein de joie, comme un élargissement soudain, une respiration vivifiante, un soulagement considérable ; on comprend enfin où se trouve l'unité de l'être si ardemment recherchée. Après le temps du désert, on arrive au seuil de la terre de la promesse ; la marche va se poursuivre, mais on sait dorénavant sur quel chemin avancer.
Comment découvrir les lois de vie dans la Bible ?
On ne trouve pas dans la Bible de classification des lois de vie telles qu'elles sont présentées dans ce livre. En revanche, il est aisé de retrouver la Parole qui les explicite et détaille les conséquences qu'elles ont sur notre vie.
Elles sont énoncées dans différents passages de la Bible, essentiellement dans la Genèse, mais aussi dans le Lévitique, le Deutéronome... et bien entendu dans le message du Christ. Ces textes bibliques rappellent ces lois et en précisent la mise en pratique.
Le choix de la vie est la première des lois de vie. L'acceptation de la condition humaine vient ensuite en tête des grands fondements de la vie. Mais ensuite il n'y a pas de classement spécifique des autres lois.
Un chemin d’évangélisation des profondeurs 3
Au moment d'entreprendre un chemin d'évangélisation de ses profondeurs, il est bon de se remémorer trois réalités spirituelles essentielles. Elles vont toucher la gratuité de l'Amour de Dieu, le fait que la grâce précède toujours le mouvement ou l'effort de l'être humain, et la liberté. Il arrive que dans une recherche de vérité sur soi, dans la joie aussi de la découverte de sa propre réalité, de son fonctionnement psychologique, de la mise en mots de son histoire, on oublie ces fondements essentiels de la foi vivante. Nous ne pouvons cependant les éluder car la façon dont nous allons les vivre va conditionner la justesse du parcours 4.
Le don de Dieu : la gratuité de Son Amour
Dieu est Amour. Nous pouvons entendre ces mots comme une affirmation révolutionnaire, une définition vigoureuse et métaphysique de Dieu qui va totalement à l'encontre de la conception du ou des dieux païens 5.
L'amour de Dieu est premier. Il est gratuit, il est offert à tous les humains sans exception. « En posant Dieu comme créateur de l'univers, la Bible écarte d'emblée et de manière radicale et définitive l'idée d'un monde soumis à une puissance anonyme ou à une force aveugle... » Le monde est dans les mains d'un Dieu conçu comme un « sujet qui a un projet, un dessein, une intention... » Ni le monde ni l'être humain ne sont « nulle part, en désorient »6.
Tout au long de la Bible, nous sommes témoins de l'amour prévenant de Dieu pour son peuple, invité sans relâche à entrer dans l'Alliance. Nous avons aussi expérimenté, touché, connu l'amour de Dieu par Jésus le Christ. Il nous manifeste que « la grâce de Dieu est le secret de la rédemption. Le salut est le don de Dieu et non le salaire mérité par un travail, sans quoi la grâce ne serait plus la grâce ».
Beaucoup méconnaissent l'amour gratuit de Dieu. Ils ont de la peine à croire qu'ils sont personnellement aimés, accueillis, invités à grandir dans leur liberté, leur identité de fils et de filles de Dieu, appelés à déployer la vie. Ils ne comptent que sur leurs efforts et démarches pour parvenir à être aimés de Dieu. Ceux et celles qui ont été blessés par la vie peuvent avoir fermé une porte sans en avoir clairement conscience. Cependant l'amour se donne et donne en surabondance et de façon totalement gratuite.
Les cinq pains et les deux poissons remis par un enfant à Jésus vont permettre de nourrir plus de cinq mille personnes et les restes remplissent encore douze corbeilles (Mt 14, 13-21). Après une nuit de travail épuisant et stérile, sur la Parole de Jésus, Pierre et ses compagnons avancent en eau profonde et prennent tant de poissons que leurs filets manquent de s'enfoncer (Lc 5, 4-12). Il est sans cesse question de source jaillissante, de torrents de vie, de gratuité : « Vous tous qui êtes altérés, venez vers l'eau, même si vous n'avez pas d'argent, venez acheter du blé et consommez, sans argent et sans payer, du vin et du lait » (Is 55, 1).
L'amour de Dieu est l'amour d'un père qui adopte des fils et des filles avec tout ce que cela induit dans la relation vivante. Se laisser atteindre par cet amour-là est certainement la première étape essentielle d'une véritable guérison.
La grâce de Dieu précède toujours le mouvement de l’être humain
Il s'agit là d'une « priorité fondatrice »7. C'est toujours Dieu qui a l'initiative. Il invite, propose, fonde et ouvre les désirs les plus authentiques de tout homme, de toute femme. Si nous nous mettons en marche c'est en réalité parce que nous répondons à une invite qui, elle, est première. Avant même l'émergence du désir, la grâce est déjà là. C'est elle qui nous insuffle, nous pousse en avant, nous appelle à sortir d'une forme de mort pour retrouver la vie, la liberté, la vérité, la relation justement située.
La grâce n'est pas l'aboutissement des efforts humains, elle les précède, met en route. C'est parce que la grâce nous est donnée que nous sommes attirés par cette recherche d'unité de notre être habité par l'Esprit Saint, par cette quête.
Cette priorité de la grâce n'empêche nullement la nécessaire connaissance de notre fonctionnement psychologique ou biologique. Elle nous meut dans notre recherche de la vérité, nous apprend à exercer notre liberté, nos initiatives, à développer nos compétences. Nous pensons trop souvent avoir trouvé tout seuls, par nos seules forces, ou au contraire être condamnés à découvrir seuls les repères essentiels. Nous oublions la fonction de l'Esprit en chaque humain, la puissance de grâce qui permet de grandir dans la vie.
C'est « la grâce qui permet de naître à une existence nouvelle » (Jn 3, 3 s.), celle de l'Esprit qui anime les fils et les filles de Dieu... une vie au sens le plus plein du mot, la vie de ceux et celles qui sont revenus de la mort et vivent d'une vie nouvelle avec le Christ ressuscité (Rm 6, 4-8. 11-13...)8. La grâce est principe de transformation et d'action ; elle requiert donc une constante collaboration de l'être humain »9.
C'est peut-être ce point de la précédence 10 de la grâce qui suscite le plus de difficulté ; il est cependant essentiel.
La liberté de l’être humain
L'être humain est créé libre. « Il est libre par naissance, de plein droit. La liberté appartient à l'essence de l'homme, elle est constitutive de son être »11. C'est un don magnifique qui est fait à tout homme, à toute femme. Mais cette potentialité de liberté est à conquérir en quelque sorte. L'amour gratuit de Dieu — qui est exempt de toute contrainte — appelle ceux et celles qui ont eu leur liberté réduite ou abîmée au cours de leur histoire, à la redécouvrir, à en retrouver au moins une part, à grandir dans leur désir. Sa grâce les accompagne dans ce trajet. C'est ainsi que l'être humain va pouvoir répondre à cette invite de poser un libre choix, selon le pas qu'il peut poser : il ne va plus se contenter de vivre, mais va découvrir dans l'Esprit une issue de vie, apprendre à collaborer avec l'Esprit pour se structurer, remplir sa condition de fils ou fille de Dieu, entrer en juste relation avec l'autre. Il consent à prendre la route, avec ce qu'il a et ce qu'il est et, selon la belle expression d'Adolphe Gesché, cela suppose « une métaphysique du cœur courageux »12.
Deux écueils se trouvent sur la route :
— l'oubli de la gratuité de l'amour de Dieu, de la priorité de la grâce en ne comptant pour restaurer la vie atteinte par des blessures que sur leurs seuls efforts, connaissances, savoir et compétences ; ou
— au contraire, puisque Dieu est Amour et que l'amour est gratuit, l'attente passive du miracle d'une vie renouvelée sans trajet de conversion.
Il est apaisant et réconfortant de se mettre en marche en gardant au cœur comme un trésor cette définition du salut : « La doctrine du salut suppose en son fond que l'on peut toujours revenir sur une situation (la sauver précisément), que rien n'est jamais définitivement perdu. Le mal existe mais n'a plus couleur de destin »13.
Simone Pacot, in Reviens à la vie ! (cerf)

1. Traduction de Josy EISENBERG et Armand ABÉCASSIS, Et Dieu créa Ève, Paris, Albin Michel, coll. « À Bible ouverte », 1992.
2. Jr 31, 33 ; Xavier THÉVENOT, Repères éthiques pour un monde nouveau, Mulhouse, Salvator, 1982.
3. L’association Bethasda organise des sessions sur l’évangélisation des profondeurs de l’être humain où se vit l’accueil de la miséricorde de Dieu dans la vérité de toute la personne. 
4. Ces quelques réflexions doivent beaucoup à un enseignement oral de Xavier Thévenot, ainsi qu'au livre d'Adolphe GESCHÉ, Dieu pour penser. III, Dieu, Éd. du Cerf, 1994, chapitre III. Apprendre de Dieu ce qu'il est, p. 83-117.
5. Ibid., p. 110.
6. Ibid., p. 90-91.
7. Adolphe GESCHÉ, p. 111.
8. Vocabulaire de théologie biblique, Éd. du Cerf, 1978, p. 514-517.
9. Ibid.
10. Xavier THÉVENOT, enseignement oral.
11. Adolphe GESCHÉ, p. 92.
12. Ibid., p. 99-100.

13. Ibid., p. 94.