vendredi 3 avril 2026

En homéliant... Père François Potez, Vendredi Saint, Tout est accompli

 


Au commencement de l'évangile de saint Jean, Jésus se trouve face à deux disciples de Jean-Baptiste : « Se retournant, Jésus vit qu'ils Le suivaient, et leur dit : ‘Que cherchez-vous ?’ Ils lui répondirent : ‘Rabbi – ce qui veut dire : Maître –, où demeures-Tu ?’ Il leur dit : ‘Venez, et vous verrez’ » (Jean 1, 38-39). À la fin du même évangile, lorsque Judas et sa bande viennent l'arrêter, Jésus ne laisse pas à Judas le temps de le trahir : Il va au-devant de lui en lui demandant non plus : « Que cherchez-vous ? », mais : « Qui cherchez-vous ? – Jésus le Nazaréen ! répondent-ils. – C'est Moi, Je le suis ! » (Jean 18, 4-5).

Tout au long du récit de la Passion, on est frappé par la majesté de Jésus. Il impressionne par Sa stature, Sa dignité, Sa gravité. On sent, à travers ce qu'en rapporte saint Jean, témoin jusqu'au bout, à quel point Jésus est libre, à quel point Il maîtrise tout ce qui se passe.

L'évangéliste souligne que Jésus accomplit l'Écriture, qu'Il réalise tout ce qui était écrit de Lui. Il veut nous montrer combien le projet d'amour de Dieu, qui a envoyé Son Fils au milieu de nous pour nous sauver de la mort causée par notre péché, n'est pas entravé par les hommes. Dieu, au contraire, accomplit ce qu'Il a décidé souverainement, et Jésus, uni à son Père, parfaitement maître de sa liberté, domine ce drame parce qu'en réalité, c'est Lui qui le conduit : « Sachant que l'heure était venue pour Lui de passer de ce monde à Son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'au bout... » (Jean 13, 1). Il aima jusqu'à l'accomplissement, jusqu'à la perfection de l'Amour : «Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime » (Jean 15, 13).

Quand Jésus répond : « C'est Moi, Je le suis » à ceux qui étaient venus pour L'arrêter, ils tombent à la renverse, humiliés ! Mais Jésus fait vivre. Il ne veut pas la mort du pécheur, Il veut qu'il se relève. C'est pourquoi Il leur pose à nouveau cette question : « Qui cherchez-vous ? – Jésus le Nazaréen. – Si c'est bien Moi que vous cherchez, ceux-là, laissez-les partir » (Jean 18, 7-8).

De fait, ils partent tous, sauf Jean... et Pierre, qui, dans un geste désespéré, en voulant défendre son maître, le défend mal en usant de la violence. Jésus, maître de Lui-même, lui dit de rentrer son épée dans le fourreau car ce n'est pas ainsi qu'Il veut se défendre...

Au cours de Son procès devant Caïphe, Jésus, parfaitement souverain encore, impressionne les grands prêtres par Sa liberté. Il impressionne Pilate plus encore : « Qui es-Tu ? Tu es roi ? D'où es-Tu ? ». On rapporte que Pilate fut tourmenté par cet interrogatoire jusqu'à la fin de ses jours. Il savait parfaitement qu'il avait fait crucifier un homme innocent. Il avait même cherché un moyen de le faire relâcher mais, en réalité, il craignait la foule. Il n'écoutait ni son cœur, ni sa conscience : il ne voyait que la politique au mauvais sens du terme... Pourtant, parce que cette présence de Jésus l'interrogeait, il avait poursuivi son interrogatoire : « Ne sais-Tu pas que j'ai pouvoir de Te relâcher, et pouvoir de Te crucifier ? » Et Jésus de répondre : «Tu n'aurais aucun pouvoir sur moi si tu ne l'avais reçu d'en haut » (Jean 19, 10-11). C'est alors que Pilate Le livre pour qu'Il soit crucifié...

Jean ne s'étend pas sur le chemin de croix ni sur la crucifixion car ses premiers lecteurs savaient très bien ce qu'était ce supplice et l'horreur qu'il représentait, des milliers de personnes ayant été crucifiées par les Romains. Jean préfère souligner la liberté de Jésus sur la Croix. Pour que l'Écriture soit accomplie, Jésus dit ainsi à Marie : « Femme, voici ton fils !», puis, au disciple, Il déclare : « Voici ta mère ! » (Jean 19, 26-27).

Ensuite, Il dit : « J'ai soif ! » (Jean 19, 28). Après avoir bu le vinaigre qu'on Lui présentait, Jésus s'écrie enfin : « Tout est accompli ! » (Jean 19, 30).

 « Venez et vous verrez ! » avait dit Jésus à Ses deux premiers disciples, dont l'un était André, le frère de Pierre (Jean 1, 39) ; or, de Jean qui entra avec Pierre dans le tombeau au matin de la Résurrection, il est dit : « Il vit, et il crut » (Jean 20, 8). Il avait gardé intact le souvenir de cette rencontre. Elle avait eu lieu vers quatre heures de l'après-midi ; or, la mort de Jésus a eu lieu dans l'après-midi, au tout début de la Pâque.

Désormais, celui qui a des yeux pour voir, qu'il voie, des oreilles pour entendre, qu'il entende. Jésus ne donnera jamais la preuve de Sa divinité : cette preuve ne viendra que par le dedans : c'est la foi que l'Esprit Saint nous inspire si nous nous approchons suffisamment du Seigneur pour entrer dans Son intimité. Si nous Le regardons de loin ou avec des intentions mauvaises, si notre cœur a déjà porté un jugement, s'il n'écoute pas la conscience mais la foule, alors rien n'est possible : on ne découvrira jamais la divinité de Jésus, ni Son amour infini !

Le cri de Jésus : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi M'as-Tu abandonné ? » (Matthieu 27, 46) ne peut être reçu que par un cœur ouvert, que par ceux qui accueillent cette prière pour la faire leur. Le bon larron a ainsi fait sienne la prière de Jésus : sa culpabilité s'est heurtée à l'innocence et son cœur s'est ouvert. C'est pourquoi il a été sauvé... Pourtant, Jésus n'a pas moins aimé le mauvais larron que le bon : Il a eu pour eux le même regard. Cet homme enfermé dans son angoisse a même infligé à Jésus son ultime souffrance : le Christ est mort sans avoir converti le mauvais larron, de même qu'Il n'a converti ni les grands prêtres, ni les chefs du peuple, ni Pilate ! Mais Ses dernières joies ont été l'ouverture du cœur du bon larron, la présence de Sa mère et celle de Jean. Oui, vraiment, tout fut accompli là : « Quand J'étais avec eux, Je les gardais unis dans Ton nom, le nom que Tu m'as donné. J'ai veillé sur eux, et aucun ne s'est perdu, sauf celui qui s'en va à sa perte de sorte que l'Écriture soit accomplie » (Jean 17, 12).

Répondrons-nous à l'invitation de Jésus : « Venez et vous verrez » ? Terrible liberté que Dieu nous donne.

Qu'allons-nous en faire ? Si nous nous approchons tout près de la Croix, nous verrons Sa majesté, Sa divinité en actes, nous verrons Son Amour parce que nous verrons Son cœur ouvert. Avec Jean, nous pourrons contempler ce cœur transpercé d'où ont coulé l'eau et le sang ! Alors, nous en serons témoins pour notre monde.

Le témoignage que nous donnerons sera-t-il véridique ? Sera-t-il crédible ? Il ne le sera que si notre vie se conforme peu à peu à Son Amour, que si nous vivons selon le commandement qu'Il nous a donné le soir de la dernière Cène : « Aimez-vous les uns les autres comme Je vous ai aimés » (Jean 15, 12). C'est en allant jusqu'à nous donner les uns aux autres que le monde croira.

Marie, modèle de vie parfaitement donnée, apprends-nous à oser aller jusque-là !

Amen !

Père François Potez, L’Urgence de l’amour