mardi 18 juin 2019

En conseillant... K. Albert Little, Comment ne pas devenir catholique



Converti du protestantisme évangélique à la foi catholique, j’ai vécu ce que les sociologues appellent un changement de paradigme.
Je suis passé d’un évangélique sans chapelle, croyant la Bible en levant le bras et en buvant du jus de raisin, à un catholique priant le chapelet, se confessant auprès de prêtres et aimant les saints. Mais cela n’est pas arrivé du jour au lendemain.
Il y a certaines lignes que je peux dessiner – un certain récit – au cours d’un voyage d’une décennie qui m’a conduit de chez moi à l’Église-Mère. Ainsi, je peux cocher certaines cases et dire, définitivement : oui, cela m'a fait devenir catholique.
Alors, naturellement, je souhaite aider les autres à éviter un destin similaire.
Pour moi, c'est trop tard : j'ai des chapelets dans ma commode, un crucifix au-dessus de la porte d'entrée, et je fais tout mon possible pour placer une statue de saint François dans le jardin afin de faire fuir les écureuils dévoreurs de tomates.
C’est trop tard pour moi… mais il y a encore de l’espoir pour vous !
Si vous le pouvez, avec l’aide de notre Seigneur, de vos amis les plus proches et de votre famille, évitez ces pièges. Même si je ne peux rien vous promettre, je peux vous assurer que grâce à mes conseils vous aurez beaucoup plus de facilité à éviter le piège dans lequel je suis tombé.
Mes amis, j’offre des conseils non sollicités : voici comment ne pas devenir catholique.
1 / Ne lisez pas Scott Hahn
L'une des premières erreurs que j'ai commises en tant que protestant a été de lire le Dr Scott Hahn.
Le Dr Hahn est un érudit biblique de renom et un converti catholique. Dans les années 80, Scott, et son épouse Kimberly, faisaient partie d’une vague de catholiques célèbres convertis au protestantisme. Le Dr Hahn, pasteur évangélique et anti-catholique convaincu, a eu une conversion radicale au catholicisme. Il a commencé à parler de son expérience et l'un de ses entretiens a été enregistré. Passé sur cassette audio, son histoire incroyable a commencé à attirer d’autres personnes vers l’ancienne foi. La popularité des récits de Scott et Kimberly a déclenché une vague massive de conversions catholiques et les a encouragés à écrire un livre basé sur leur expérience et intitulé Rome Sweet Home.
Ne lisez pas Rome Sweet Home.
Ce que vous allez découvrir, c’est que Scott et Kimberly sont des personnes intelligentes, lisibles et bien intentionnées. Ils étaient tous les deux profondément imbibés de la théologie évangélique ordinaire et orthodoxe, et incroyablement versés dans les Écritures. Le Dr Hahn est major de promotion d'un séminaire évangélique.
Ils étaient de vrais chrétiens et sont devenus de vrais catholiques.
Je n'avais jamais entendu parler de ce genre de choses.
Le Dr Hahn est maintenant un exégète de grande renommée, un auteur prolifique et une voix d'autorité, de compassion et de compétence dans l'Église catholique. Il a apporté sa ferveur évangélique au catholicisme et ne s’est pas assoupi.
Lire une histoire de conversion aussi complète que Rome Sweet Home est dangereux. Dans l’histoire de Scott et Kimberley et dans celle d’autres convertis au catholicisme, vous verrez comme des échos de votre propre cheminement religieux. Vous rencontrerez peut-être des questions que vous vous êtes posées – ou pas – mais que vous vous poserez sûrement après l’avoir lue.
Et si vous ne faites pas attention, votre route peut commencer à prendre un léger tournant sur la gauche et vous risquez de vous retrouver au tout début d’un voyage à destination de Rome.
Vous ne pourrez pas dire que je ne vous ai pas prévenu !
2 / Ne lisez pas l’histoire de l’Église
Une deuxième erreur majeure que j’ai commise a été de lire l’histoire de l’Église – l’histoire du christianisme.
J'ai fait de mon mieux.
J'ai essayé de sélectionner une vue d'ensemble vraiment académique et historique à partir d'une source aussi laïque que possible. Je ne voulais pas que l’histoire soit altérée par une perspective trop catholique, un point de vue fortement protestant ou une œuvre de valeur pseudo-historique. Je voulais la vraie affaire scientifique. Je suis un étudiant en histoire, après tout, alors j’ai pensé pouvoir m’en débrouiller.
J'ai choisi La Réforme, 800 pages de Diarmaid MacCulloch (parmi d'autres sources que j'ai lues depuis).
Ne lisez pas La Réforme de Diarmaid MacCulloch.
MacCulloch décrit l’histoire de la Réforme avec des détails parfois insensés. C’est vraiment une lourde tâche et vous pouvez commencer votre travail de thèse à partir de n’importe laquelle des petites sous-sections que MacCulloch inclut. C’était un texte résolument académique mais, en conséquence, il vous donne un aperçu détaillé de la raison pour laquelle les réformateurs protestants se sont séparés de l’Église catholique au XVIe siècle et de ce qui se passait dans la culture et la société qui l’avait sous-tendue.
Mais lire l'histoire de l'Église est dangereux.
Une lecture en profondeur montre à quel point certaines des décisions et des attitudes des premiers réformistes étaient fragiles. À quel point l’expérience personnelle, l’illumination de Martin Luther sont amplifiées. À quel point sa doctrine de la justification et ce qu’il a rejeté de l'Église sont directement la conséquence de sa personnalité lunatique. À quel point la Réforme a été poussée en avant pour des raisons culturelles et non religieuses. À quel point la politique, la guerre et les rivalités des dynasties européennes ont exacerbé les tensions.
Et si vous ne faites pas attention, vous réaliserez peut-être, comme moi, à quel point le fondement – les origines mêmes – de ma foi protestante étaient vraiment fragiles. Et à quel point la réponse de la Contre-Réforme catholique était adéquate et immédiate en réformant les sujets sur lesquels cette Église de 1500 ans avait sombré.
Alerte spoiler : ils ont fait un excellent travail.
Dans mon manque de compréhension de l'histoire de l'Église, je pensais que les réformistes avaient navigué pour récupérer une ancienne foi chrétienne qui avait été perdue depuis la nuit des temps lorsque l'église romaine s'était égarée. En réalité, c’est un mouvement beaucoup plus compliqué, une scission de cette Église unifiée et établie par le Christ, de la part d’un groupe de personnes aux motivations disparates.
J'ai été surpris par ce que j'ai appris.
3 / Ne lisez pas les Pères de l’Église
La troisième erreur que j'ai commise a été presque fatale : j'ai commencé à lire les Pères de l'Église primitive.
Comprenez, ce sont les apôtres des apôtres, les chrétiens qui ont été enseignés par les tous premiers chrétiens enseignés par Jésus. Ce sont des géants du christianisme qui ont eu un accès direct à ceux qui ont entendu les paroles mêmes de Jésus et qui ont touché Sa chair. En tant qu’évangélique, je ne savais même pas que ce trésor existait et, une fois que j’ai appris à le connaître, je n’ai plus pu m’en passer.
Ne lisez pas les premiers Pères de l'Église !
En tant que chrétien naïf et curieux, j'ai commencé à lire les Pères de l'Église uniquement pour découvrir qu'ils étaient étonnamment catholiques. Les Pères ont écrit sur le fait que Jésus était vraiment présent dans la Sainte Communion – pas simplement en tant que symbole – dès l'an 100. Ils écrivaient sans cesse sur l'importance de se soumettre aux évêques et de respecter l'autorité de l'Église – une Église qui, dans leur Jésus commença, les apôtres continuèrent et leur passèrent ensuite en les nommant à des lieux d'autorité.
Quand j'ai commencé à comprendre que l'Église primitive ne ressemblait pas à la tradition évangélique dans laquelle j'avais grandi, j'ai été bouleversé puis confus.
En tant qu’évangélique, on me disait toujours que les églises-maisons étaient bibliques – que ces petits groupes indépendants de chrétiens réunis dans une chambre étaient ce qui se pratiquait dans les premiers siècles du christianisme.
Au lieu de cela, l’Église primitive est résolument catholique dans sa doctrine et sa structure hiérarchique, et si vous ne faites pas attention, vous pouvez arriver à une conclusion aussi choquante que moi.
Et maintenant ?
4 / Ne rencontrez pas de grands catholiques
L’erreur suivante que vous pourriez faire est de rencontrer de grands catholiques. Ne le faites pas !
Vous vous êtes peut-être déjà rendu compte, à ce stade de votre parcours, surtout si vous n’avez pas suivi mon conseil de tout à l’heure, qu’il y avait des catholiques extraordinaires.
Peut-être avez-vous lu des gens comme Scott Hahn, Stephen Ray, G.K. Chesterton, Frank Sheed ou Mgr Robert Barron. Bien sûr, ils sont géniaux et ils sont des chrétiens vigoureux et enthousiastes (qui sont également catholiques), mais vous ne les avez pas rencontrés, vous êtes donc relativement en sécurité.
Attention cependant, ne les rencontrez pas en personne.
Dès que vous rencontrerez de grands catholiques, vous réaliserez que dans votre quartier, sur votre lieu de travail ou dans votre centre communautaire, ou – Dieu le permet – dans votre paroisse catholique locale, il y a de vrais catholiques.
Des catholiques qui pourraient réellement essayer de vivre la vie chrétienne. Des catholiques qui s’efforcent de parler de Jésus à leur entourage.
Des catholiques qui sont pieux, connaissent leur foi et leur Bible et ont un cœur sincère à la suite du Christ et de l'amour de leur prochain. Dieu nous en préserve, ils peuvent même en savoir beaucoup sur leur foi et peuvent en parler de manière crédible et intelligente : ce sont ceux qu’il vous faut certainement éviter, à tout prix.
5 / Ne commencez pas à vivre comme un catholique
Mais, si vous avez déjà rencontré de fervents catholiques, il y a encore de l’espoir, même à ce stade avancé du voyage, je peux vous donner ce solide conseil : Ne commencez pas à vivre comme un catholique.
Je vous aurai prévenu.
Parce que, à un moment donné de mon cheminement vers le catholicisme, je me suis rendu compte qu'après avoir lu tout ce que j'avais lu, qu'après avoir entendu toutes ces conférences et ces histoires, après avoir eu toutes ces conversations (surtout avec moi-même)... je devais commencer à vivre la vie catholique.
Je me devais d'essayer afin de voir si cela en valait la peine.
Ne vivez pas comme un catholique !
Ne commencez pas à aller à la messe – surtout évitez la messe quotidienne, à tout prix – ou à demander l’intercession des saints (car vous l’obtiendriez !).
N’essayez pas de réciter le chapelet (c’est incroyablement facile à apprendre !).
Ne lisez pas la liturgie des heures, n’allez pas à l’adoration eucharistique : vous pourriez tomber amoureux de ces pratiques résolument catholiques. En ce cas, il y aurait très peu de choses que moi – ou quiconque – puisse faire pour aider.
Une fois que vous commencez à réaliser que la profondeur de la tradition et des pratiques pieuses dans l'Église catholique est presque infinie, qu'ainsi vous pouvez être catholique de tant de manières différentes et immémoriales, vous réaliserez à quel point il est incroyable d'avoir une foi bi-millénaire comme celle-ci. La piscine est d'une profondeur choquante et l'eau est rafraîchissante.
À ce stade, vous êtes peut-être déjà allé trop loin.
6 / Ne lâchez rien à Dieu
Mais peut-être y a-t-il encore de l’espoir, peut-être que la pente n’est pas encore trop glissante. Peut-être que votre descente dans le catholicisme peut être interrompue. Je pense avoir quelques suggestions qui, même à cette heure tardive, peuvent aider à empêcher votre conversion apparemment inévitable au catholicisme.
Voici une idée : ne lâchez rien à Dieu.
Quoi que vous fassiez, ne laissez pas la moindre partie de votre vie sous le contrôle de Dieu. Il courrait avec, et c’est la dernière chose que vous voulez.
Que votre volonté ne cède rien. Restez ferme et refusez d'être déplacé.
Je sais que par le passé, Il vous a fait traverser des moments difficiles et des situations difficiles. Je sais que vous pensez que vous pouvez compter sur Celui qui est éternel et omniscient pour vous mener à travers, en toute sécurité, de l'autre côté.
Mais vous avez tort !
À la minute où vous lâchez un rien à Dieu, Il prendra tout, et Il vous emmènera dans un endroit où vous ne voudrez pas aller. Un lieu de profond respect, de dévotion, de beauté et – parfois, si vous êtes chanceux – d’encens odoriférant.
Thomas d’Aquin, l’un des plus grands saints et théologiens de l’Église catholique, dit que si seulement une petite partie de votre volonté voulait faire la volonté de Dieu, alors Dieu commencerait à répandre Sa grâce pour que cela se produise. Sa grâce ! Cette grâce interminable !
Ne lâchez rien parce que la dernière chose que vous voulez, c'est de commencer à penser au catholicisme et laisser à Dieu la place pour commencer à répandre la grâce.
De toutes les façons, je ne devrais pas non plus citer Thomas d’Aquin !
7 / Ne priez pas
Un autre conseil est le suivant : quoi que vous fassiez, ne priez pas.
Cela pourrait, en fin de compte, être votre plus grande erreur. Vous devez simplement cesser complètement de prier. Si vous insistez et continuez à prier, vous pouvez accidentellement prier d’une manière que vous ne voulez pas. Les pensées, les pétitions ou les remerciements vont de soi, mais quelque chose de plus pourrait s'insinuer dans vos prières et vous pourriez, sans que ce soit votre faute, prier pour être guidé dans votre cheminement dans la foi.
Vous pouvez simplement demander de l’aide, et puis, ami, vous êtes fichu.
Fichu !
Vous pouvez prier, comme je le faisais, pour que Dieu vous aide en vous guidant. Et c’est alors que toutes les barrières vous protégeant de l’Église catholique pourraient s’effondrer, comme se sont effondrées ces puissantes murailles de Jéricho. Et vous pourriez vous retrouver à marcher droit dans cette direction.
Parce que Dieu répond aux prières, vous pouvez (vous l'êtes probablement !) en être sûr. Dans ce domaine, vous devez être en alerte maximale et respecter le vieil adage : faites attention à votre prière.
Dieu fait de très bons cadeaux et nous aime beaucoup. C’est exactement ce qui doit vous inquiéter.
8 / Ne laissez pas votre foi être remise en question
Enfin, mes amis, si vous arrivez aussi loin, je ne suis pas sûr de pouvoir faire quelque chose, mais j’essaierai.
Vous avez lu des histoires de conversion, l’Histoire du christianisme et ces catholiques choquants que sont les premiers Pères de l’Église. Vous avez rencontré de grands catholiques, en ligne et dans le monde réel, et vous avez commencé à faire quelques petits pas dans la vie catholique. Vous avez livré une partie de votre volonté obstinée à Dieu, et vous lui avez demandé de vous guider dans votre voyage. Et maintenant vous êtes ici.
Comment, au dernier rempart du bon sens, le dernier champ de bataille, la grande basilique de la raison et de la raison, pouvons-nous prendre position ?
À ce stade, nous devons refuser complètement de défier notre foi.
Je recommande de vous enterrer la tête dans le sable, même si d'autres techniques proches peuvent aussi être utilisées.
Dans tous les cas, nous devons refuser d'être déplacés. Nous devons creuser, amis, et creuser profondément.
Lisez tous les auteurs que nous avons toujours lus. Visitez tous les sites internet que nous avons toujours visités. Écoutez les mêmes vieux podcasts que nous avons toujours écoutés. Consacrez du temps à la conversation avec des amis qui n’acceptent que nos points de vue et refusent à tout prix de remettre en question la foi que nous avons toujours connue.
Nous ne sommes pas devenus complaisants – pas du tout ! – nous sommes devenus confiants dans notre foi. Nous savons ce que nous croyons ! Nous n’avons pas peur de penser à la Bible, aux sacrements ou à l’Église chrétienne d’une manière nouvelle. Rien ne nous fait peur, nous sommes simplement trop occupés ou trop contents de la situation actuelle. Nous ne serons pas mis au défi car nous n’avons pas besoin de le faire.
Après tout, Jésus a enseigné que le changement est mauvais, la complaisance est bonne et que nous pouvons aller au paradis en faisant ce que nous avons toujours fait.
D'accord, pharisiens ?
Quoique. En fait, si vous arrivez si loin et que tout échoue, vous devriez peut-être devenir catholique ?
D’ailleurs... je dois reconnaître que je le suis devenu.
K. Albert Little, in Patheos