mercredi 1 juin 2011

En méditant... Hans Urs von Balthasar, l'Ascension du Seigneur

Ac 1,1-11 ; Ep 1,17-23 ; Mt 28,16-20

1. Ascension et mission. La première lecture contient l'évangile proprement dit. Les quarante jours de l'apparition du Ressuscité étaient un passage très mystérieux entre la vie et la mort terrestres de Jésus d'une part et son ascension au Père d'autre part. Dès le début de sa vie, il était celui qui avait été engendré par l'Esprit et rempli par l'Esprit : le choix des Douze se produisit expressément dans l'Esprit Saint (v. 2). Maintenant il est le Glorifié entièrement rempli de l'Esprit, le « second homme, qui vient du ciel » (1 Co 15,47), celui qui, allant au Père, sera « esprit vivifiant » (ibid. 46) pour l'Église. Ce qui lui tient à cœur, c'est uniquement le « Royaume de Dieu » (v. 4), que les disciples auront à proclamer dans le Saint-Esprit, « jusqu'aux extrémités de la terre », tandis que pour les disciples qui n'ont pas encore reçu l'Esprit, c'est encore la « royauté en Israël », et le temps de son commencement, qui est importante. Mais le désir des disciples est chassé par deux choses : l'attente priante de l'Esprit et l'envoi en lui dans le monde entier : comme « mes témoins ». Cette couple, cet inséparable, constituera l'essence de l'Église : prière instante pour demander l'Esprit de Dieu et attestation. Les anges renvoient ceux qui regardent celui qui disparaît à la double mission qui leur a été indiquée.

2. Le pouvoir sur l'univers et l'Église. La deuxième lecture décrit le pouvoir illimité que Dieu le Père a remis au Fils transporté au ciel. La résurrection d'entre les morts, l'exaltation à la droite de Dieu et la remise du pouvoir sur toute puissance créée forment un seul et même mouvement. Et cela non seulement pour le temps éphémère de ce monde, mais aussi pour le monde « à venir », glorifié en Dieu. On pourrait penser que, par une remise de pouvoir si illimitée, l'Église déchoirait au rang d'une partie (peut-être insignifiante) du domaine du Christ. S'il règne sur les puissances du monde – sur la politique et l'économie, la culture et la religion, et tout ce qui existe encore en fait de puissances dominant le monde –, alors l'Église paraît être une grandeur assez peu significative parmi d'autres. Cependant, chose étonnante, une distinction est faite entre la puissance de l'Exalté sur le Tout et sa position comme tête de l'Église, qui est son corps. Ce n'est pas le cosmos qui est son corps (il n'y a pas de « Christ cosmique »), mais l'Église seule, dans laquelle il vit par ses sacrements, son eucharistie, sa Parole, son Esprit et sa mission, d'une manière qu'éclaire l'image de l'âme et du corps. A partir d'ici, on voit assurément déjà que l'Église a le droit d'exister non pas fermée sur elle-même, mais ouverte sur le monde qui doit, à travers l'Église, être intégré dans la plénitude du Christ et de Dieu.

3. Pouvoir de mission sans limites. C'est ce que confirme définitivement l'évangile, dans la rayonnante conclusion de Matthieu. Le Seigneur qui apparaît ici et que les disciples adorent, est déjà l'Exalté à qui « tout pouvoir a été donné au ciel et sur la terre ». « Donné », parce qu'il est le Fils qui reçoit tout du Père, mais le transmet sans condition. Le mot « tout » quatre fois repris embrasse toutes les dimensions imaginables, et inclut expressément en celles-ci la mission universelle, « catholique », de l'Église : « Tout pouvoir » est nécessaire pour donner un ordre aussi universel : « à tous les hommes ». La mission a pour objet : apprendre aux hommes à suivre « tout » ce que Jésus a dit et fait ; tout choix dans la doctrine et la vie est par là interdit. Cette mission apparemment surexigeante est rendue possible parce que le Seigneur est « tous les jours jusqu'à la fin du monde » avec ceux qu'il envoie, garantissant par là la possibilité d'accomplir la mission.